Les banques centrales accélèrent la cadence de l’innovation

Guichet automatique bitcoin à l’intérieur d’un bureau de tabac, à New York (Etats-Unis), le 8 février 2021.

De très sérieux banquiers centraux débattant des mérites de la « tokénisation », de la « blockchain » et du « bitcoin » : il y a cinq ans encore, une telle scène relevait de la science-fiction, tant ces termes obscurs appartenaient au royaume sulfureux des cryptomonnaies. Mais, désormais, ces deux mondes n’ont plus de secret l’un pour l’autre, ou presque.

Preuve en est, les grands argentiers se réunissent – virtuellement – du 22 au 25 mars, sous l’égide de la Banque des règlements internationaux (BRI). La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, son homologue américain, Jerome Powell, divers membres d’institutions financières et technologiques, comme Brad Smith, le président de Microsoft, et des représentants de la BRI, dont le Français Benoît Cœuré, tenteront de répondre à la question suivante : comment les banques centrales peuvent-elles innover à l’ère du numérique ?

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La question est cruciale à plus d’un titre. Certaines technologies venues du privé sont susceptibles, à terme, de bousculer le fonctionnement de la finance traditionnelle. Et donc d’empêcher les banques centrales d’assurer parfaitement leur mandat. « Les innovations sont indispensables. C’est notre rôle de veiller à ce qu’elles ne diminuent pas la stabilité financière », résume le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, qui participera au sommet.

« Bien public »

« Si l’émergence du bitcoin, la première cryptomonnaie née en 2008, n’a guère inquiété les banquiers centraux, le projet de monnaie numérique dévoilé par Facebook en juin 2019, la libra, a eu l’effet d’un électrochoc », analyse Grégory Claeys, économiste au think tank Bruegel. Cofondée avec vingt-huit partenaires, comme Mastercard ou eBay, libra devait s’appuyer sur un panier de devises, dont l’euro et le dollar, afin de proposer des moyens de paiement rapides et moins chers à tous les utilisateurs du réseau social – et au-delà. Face à la levée de boucliers des régulateurs financiers, le projet de Facebook, depuis rebaptisé « Diem », a pris du plomb dans l’aile et pourrait sortir dans une version bien moins ambitieuse courant 2021.

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Entre-temps, les instituts monétaires ont accéléré leurs travaux : selon la BRI, 86 % d’entre eux réfléchissent à un projet de « monnaie numérique de banque centrale » (MNBC) reposant notamment sur la blockchain (« chaîne de blocs »), une technologie permettant de crypter, de répertorier et de sécuriser les transactions. La BRI a également créé un hub pour mener des expérimentations en la matière, dirigé par M. Cœuré. « La forme de la monnaie a toujours évolué avec la technologie, mais elle doit demeurer un bien public : il n’y a pas de monnaie privée durable », insiste M. Villeroy de Galhau, songeant sans doute au bitcoin et à la libra, alors que la BCE planche sur la création d’un euro numérique.

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via LeMonde

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