Les cent premiers jours de Joe Biden : le nouvel « eux » et « nous »

Joe Biden, entouré de la vice-présidente Kamala Harris et du juge Merrick Garland, à la Maison Blanche à Washington, DC, le 8 avril.

La weltanschauung de Joe Biden se met en place. On ne s’étonnera pas qu’elle n’a pas beaucoup de rapport avec celle de Donald Trump. Ce dernier avait le mérite de la constance puisqu’il affirmait la même chose depuis quatre décennies. Que X ou Y, le Japon ou l’Arabie saoudite naguère, la Chine ou l’Allemagne plus récemment, abusaient de la bienveillance des Etats-Unis à un point que ce n’était plus supportable, avec la complicité d’ennemis de l’intérieur, invariablement démocrates.

L’injure suprême était alors la qualification de « mondialiste », voire d’« élites mondialisées » pour les pires des pires. Lors de son dernier discours en personne à l’assemblée générale des Nations unies, en 2019, le républicain avait assuré que « l’avenir n’[appartenait] pas aux mondialistes, mais aux patriotes ». Les termes étaient cotonneux, mais ils produisaient l’effet attendu en meeting devant les marées de casquettes rouges arborées par les fidèles du président.

Lors de son offensive désespérée pour contester les résultats de l’élection de novembre, le président sortant avait de même repris plus d’une fois du brouet concocté par l’avocate complotiste Sidney Powell. Cette dernière avait touillé allègrement la fondation Clinton avec le philanthrope George Soros pour expliquer une fraude que personne n’avait jamais trouvée. Il s’agissait pour le public trumpiste des parfaites incarnations de ce péril qui devait être combattu sans pitié par les soldats du bien.

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Répondre aux défis du temps

Avec Joe Biden, la division du monde a gagné en apparence en simplicité. A droite les autocraties, à gauche les démocraties, et que le meilleur l’emporte, c’est-à-dire les secondes. « Nous devons prouver que notre modèle n’est pas une relique de l’histoire, mais qu’il est la meilleure façon de réaliser la promesse de notre avenir », écrit-il dans la vision stratégique intérimaire de son administration publiée en mars.

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Ce partage présente les vertus de l’évidence, mais jusqu’à un certain point. Lorsque le président des Etats-Unis invitera les démocraties à Washington pour vérifier que « tout le monde est sur la même longueur d’onde », comme il l’a indiqué le 25 mars, on n’enviera pas le fonctionnaire du département d’Etat chargé de rédiger les cartons avec pleins et déliés. Que faire en effet de celles qui élisent des autocrates ?

Les avantages de ce clivage l’emportent en théorie de beaucoup sur ses inconvénients. Tout d’abord parce qu’il permet de répondre aux défis du temps. La supériorité morale du « patriote » sur le « mondialiste » ne saute pas aux yeux lorsqu’il s’agit de combattre une pandémie, de lutter contre le réchauffement climatique, ou bien de tenter de parvenir à une harmonisation fiscale globale concernant les entreprises pour les pays les plus développés, soit tout péril qu’on peine à embrasser du regard lorsqu’on se claquemure derrière ses frontières.

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via LeMonde

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