Les eurodéputés rejettent un texte-clé sur la réforme du marché du carbone, un coup dur pour le plan climat de l’UE


Des membres du Parlement européen votent lors d’une séance plénière, le 8 juin 2022, à Strasbourg.

Il n’a pas été jugé assez ambitieux par les Verts et la gauche : un texte-clé sur la réforme du marché européen du carbone a été rejeté, mercredi 8 juin, par les eurodéputés en séance plénière.

Ce texte, qui prévoit l’élargissement du marché d’échange des quotas d’émissions de CO2, mais aussi la suppression des quotas gratuits aux industriels européens et la mise en place d’une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne (UE), a été rejeté à la surprise générale par 340 voix (265 étaient pour, 34 se sont abstenus), les eurodéputés Verts et de gauche fustigeant les propositions du Parti populaire européen (PPE, droite pro-européenne) et de Renew (centristes et libéraux) sur le calendrier et les objectifs.

Ce rejet va entraîner une renégociation de ce pilier du plan climat de l’UE en commission parlementaire. Le Parlement européen devait se prononcer mercredi sur huit des quatorze textes de la feuille de route proposée en juillet 2021 par la Commission européenne pour réduire de 55 % les émissions de gaz à effet de serre de l’UE d’ici à 2030, par rapport à 1990.

Révision en commission parlementaire

« Coup de tonnerre ! La majorité doit revoir sa copie (…) en raison de règles pas assez ambitieuses. Le climat n’attend pas », a commenté l’eurodéputée Karima Delli (Verts). « Quel jour terrible. C’est une honte de voir l’extrême droite voter avec les socialistes et les Verts », a rétorqué Peter Liese (PPE), rapporteur du texte rejeté, dans une ambiance très électrique au sein de l’hémicycle du Parlement européen, à Strasbourg. L’eurodéputé allemand a appelé à réviser le texte en commission parlementaire pour proposer à un vote ultérieur une mouture révisée, ce qu’une large majorité des eurodéputés ont approuvé.

La proposition législative soumise aux eurodéputés quant au marché carbone traduisait un compromis passé entre le PPE, première force du Parlement, et Renew. Il prévoyait en particulier une réduction de 63 % d’ici à 2030, par rapport à 2005, des émissions des secteurs soumis au marché carbone européen : mieux que l’objectif proposé par la Commission (− 61 %), mais en net recul par rapport au vote de la commission de l’environnement (− 67 %).

Surtout, le compromis proposé aux eurodéputés ajustait également le calendrier pour éliminer les quotas d’émissions gratuits accordés aux industriels européens, à mesure que seront taxées les importations dans l’UE de secteurs polluants sur base du prix européen du CO2. Un amendement du texte, poussé par le PPE et adopté mercredi, exigeait un maintien jusqu’en 2034 de ces quotas gratuits dans l’UE, au nom de la compétitivité des entreprises.

Fin des quotas gratuits en 2034, « ligne rouge » pour les Verts et les sociaux-démocrates

Cela repoussait donc également à 2034 la mise en place complète de la taxe carbone aux frontières, un dispositif ayant pour objectif de protéger les efforts de l’industrie européenne pour investir dans des technologies propres et de décourager ceux qui voudraient se délocaliser pour échapper aux contraintes du « Green Deal ».

Après le vote en commission parlementaire d’une suppression des quotas gratuits dès 2030, ce report à 2034 était une « ligne rouge » pour les Verts et S&D (socialistes et démocrates), qui ont donc voté contre le texte final, à l’unisson de l’extrême-droite. « La gauche l’a torpillé de manière irresponsable », a cinglé François-Xavier Bellamy (PPE).

A gauche, on s’indignait plutôt que l’amendement sur le calendrier de fin des quotas gratuits ait été voté à la fois par le PPE et l’extrême-droite. « Vous ne pouvez pas chercher le soutien de l’extrême-droite pour abaisser l’ambition climatique, et vous plaindre qu’on s’oppose ensuite », a déclaré la cheffe des socialistes, Iratxe Garcia Perez.

Vote sur les moteurs thermiques en fin d’après-midi

Les eurodéputés, dans l’ensemble, approuvent l’élargissement au secteur maritime, à l’aviation, aux poids-lourds et aux immeubles de bureaux, du marché carbone européen, qui aujourd’hui ne couvre que l’énergie et l’industrie (40 % seulement des émissions de l’UE).

En revanche, pour rester dans les clous de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’UE devra éliminer les quotas gratuits offerts dans les secteurs concernés par sa future taxe aux frontières. Or la date pour les supprimer sans déstabiliser les entreprises fait âprement débat, avec des positions allant de 2030 à 2035.

Les votes prévus mercredi sur l’« ajustement carbone aux frontières » et un fonds social pour aider les ménages les plus vulnérables ont également été annulés par souci de cohérence, et les textes renvoyés en commission. « Nous allons entamer ces renégociations dès maintenant, pour revenir le plus vite possible en plénière avec un compromis stable », a expliqué Pascal Canfin (Renew), président de la commission Environnement.

La gauche se dit prête aux pourparlers. « Si vous voulez des majorités pro-européennes pro-climat solides, ça se construit, ça ne s’improvise pas », a néanmoins averti Philippe Lamberts (Verts). D’autres textes du plan climat, dont une loi controversée fixant à 2035 la fin des ventes de voitures à moteur thermique, seront soumis au vote ce mercredi en fin d’après-midi.

Le Monde avec AFP

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess