Les habitants de New Delhi suffoquent, piégés par un épisode de pollution extrême

Des immeubles couverts de brouillard à New Delhi, le 14 novembre 2021.

L’horizon est complètement bouché, c’est à peine si l’on distingue les bâtiments emblématiques de la capitale, perdus dans le smog. L’air est irrespirable, agresse les yeux, les poumons, la gorge, provoque des maux de tête lancinants. « J’ai les yeux qui me brûlent et lorsque je fais des gargarismes avec de l’eau chaude salée comme me l’a conseillé mon médecin pour nettoyer ma gorge, je crache noir », explique un chauffeur de taxi, qui passe une bonne partie de sa journée en extérieur.

New Delhi et les villes voisines, environ 30 millions d’habitants, suffoquent depuis le 5 novembre dans un cocktail de polluants constitué de particules fines, monoxyde de carbone, oxydes d’azote, dioxyde de soufre et ozone. La métropole indienne a enregistré les 11 et 12 novembre son pire indice de qualité de l’air de la saison – soit 471 sur une échelle de mesure de 500. La situation est si grave que la justice envisage un confinement obligatoire de deux jours de la population de la région. Jamais une telle mesure n’avait encore été évoquée.

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Malgré l’urgence sanitaire, ni le gouvernement fédéral ni le gouvernement régional n’ont réagi. Saisie par un étudiant de la capitale, la Cour suprême, lors d’une audience samedi 13 novembre, a condamné très sévèrement l’apathie des dirigeants et exigé des mesures immédiates comme le confinement de la population ou l’arrêt de la circulation automobile. « Même à l’intérieur des maisons, nous sommes obligés de porter des masques. La situation est extrêmement grave (…) Prenez des mesures immédiates et urgentes. Imposez un confinement de deux jours, si nécessaire. Comment les gens pourront-ils vivre autrement ? », s’est emporté un magistrat de la plus haute juridiction du pays.

L’inaction des autorités est d’autant plus coupable que la crise était prévisible : il en va ainsi chaque automne depuis près de dix ans. Tous les éléments se conjuguent pour asphyxier la capitale : les brûlis agricoles qui débutent à l’automne dans les régions voisines, la combustion des déchets, la grande fête hindoue Diwali – avec ses millions de bougies et de pétards et l’intense trafic automobile qu’elle génère. Enfin, les conditions climatiques, le froid de la nuit et l’absence de vent qui emprisonnent les polluants au sol.

Fermeture des écoles

Selon les images satellites de la NASA, qui ont permis de comptabiliser les feux dans les Etats du Pendjab et de l’Haryana, entre le 1er et le 13 novembre, le nombre cumulé d’incendies dans les champs s’est établi à 57 263, un record depuis 2012. Les autorités sont incapables de réguler cette pratique pourtant interdite qui consiste à se débarrasser des résidus de la récolte de riz, les chaumes, en les brûlant, pour pouvoir semer plus vite. Des aides à la mécanisation ont été mises en place, mais elles ont nourri la corruption. Un produit biodégradable a été mis au point, mais les paysans jugent le procédé trop lent.

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via LeMonde

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