Les incendies australiens ont généré d’immenses étendues de phytoplancton dans l’océan Austral

Lors des incendies en Australie, à Cobargo, le 31 décembre 2019.

Les grands incendies ne causent pas seulement des ravages sur terre, ils produisent aussi des effets inattendus jusque dans l’océan. Ainsi les aérosols émis par les gigantesques feux de brousse qui ont dévasté des millions d’hectares et causé la mort de plus d’un milliard d’animaux, de décembre 2019 à mars 2020 en Australie, ont par ailleurs suscité une prolifération massive de microalgues à des milliers de kilomètres plus au sud, dans l’océan Austral. C’est ce qu’analyse une étude publiée mercredi 15 septembre dans la revue Nature.

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Les cendres résultant de la combustion de forêts et de brousse contiennent des particules de fer, d’azote, de phosphore. Transportées par les vents en altitude, celles de la catastrophe australienne – dont certaines ont été projetées jusqu’à 16 kilomètres de haut – sont allées fertiliser d’immenses étendues de l’océan Austral. Ces eaux froides, ordinairement pauvres en fer et peu productives en phytoplancton, ont alors connu des efflorescences « sans précédent », selon les auteurs de cette étude. Les images satellitaires ont traduit la couleur verte apparue en surface comme une anomalie d’une ampleur qui a surpris les scientifiques.

« C’était si extraordinaire, si dense : dans deux régions en particulier, la concentration en chlorophylle avait plus que doublé par rapport à la moyenne des données des vingt-deux années précédentes, rapporte l’un des coauteurs de l’étude, Joan Llort, chercheur à l’université de Tasmanie et au Centre de calcul intensif de Barcelone. Imaginez ce désert se transformant en prairie pendant quatre mois ! »

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En grandeur bien réelle

C’était aussi tellement inhabituel dans cette partie du monde que l’équipe internationale des scientifiques a voulu vérifier qu’il ne s’agissait pas d’une erreur d’interprétation du signal détecté lors des lectures des images satellites. Ses membres ont donc travaillé à la fois avec les observations aériennes, l’analyse de la densité des aérosols présents dans l’atmosphère à partir des données relevées par le programme européen Copernicus, la modélisation de la trajectoire des panaches de particules, l’analyse des relevés des flotteurs Argo et un échantillonnage prélevé au-dessus de la Tasmanie lors d’un des passages des cendres venues d’Australie.

L’impact du fer sur des écosystèmes lointains a déjà été abordé par des modélisations, mais, à l’hiver 2019-2020, le phénomène a été observé en grandeur bien réelle. Pourquoi interpelle-t-il à ce point les scientifiques ? Sur la Terre, la moitié de la photosynthèse a lieu dans l’océan : l’oxygène de la planète dépend donc largement des algues et autres micro-organismes marins. Cette production primaire participe aux mécanismes complexes d’interaction entre l’océan et l’atmosphère. Autrement dit, elle influence le climat.

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via LeMonde

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