« Les opérations militaires ciblées ne constituent pas une solution politique suffisante pour neutraliser les organisations visées »

« Justice has been delivered. » Les mots choisis par Joe Biden pour annoncer, dans la nuit du lundi 1er août, la mort du leader d’Al-Qaida Ayman Al-Zawahiri sont lourds de sens. Ils reprennent fidèlement ceux prononcés onze ans plus tôt par Barack Obama lors de l’élimination d’Oussama Ben Laden, tué par un commando de Navy Seals alors qu’il se trouvait au Pakistan, un pays pourtant allié des Etats-Unis.

Al-Zawahiri a quant à lui été tué par un missile tiré depuis un drone, comme en 2020 Abdullah Ahmed Abdullah, haut responsable d’Al-Qaida alors qu’il se trouvait en Iran, et comme le général iranien Ghassem Soleimani, commandant des Forces Al-Qods, à l’aéroport de Bagdad. Si les méthodes diffèrent, la doctrine est la même : celle des assassinats ciblés, permettant à un Etat d’utiliser la force létale pour éliminer les personnes représentant une menace pour sa sécurité et se trouvant en dehors du territoire national.

Pensées dans le contexte de la seconde Intifada en Israël, ces éliminations utilisant des capacités militaires (forces spéciales, hélicoptères, drones) ont d’abord été condamnées par Washington, avant d’être adoptées dans le double sillon de la guerre contre le « terrorisme » post-11-Septembre et du développement des drones armés.

Elles sont aujourd’hui prisées par les démocraties occidentales. Ces actions peuvent avoir lieu dans le cadre d’un conflit. Elles n’entrent alors pas en contradiction avec le droit applicable si elles ciblent des combattants ou des civils participant directement aux hostilités. Abdelmalek Droukdel, leader d’AQMI (Al-Qaida au Maghreb islamique), a ainsi été tué par les forces spéciales françaises au Mali en juin 2020.

Elles peuvent également avoir lieu en dehors d’un théâtre d’opérations, comme au Pakistan. Leur compatibilité avec le droit international pose alors problème, en raison du principe de souveraineté qui interdit les opérations militaires par des pays tiers sans accord préalable. Pour la Maison Blanche, si un Etat est « incapable ou réticent » à arrêter une personne posant une menace « imminente » aux intérêts des Etats-Unis, ces derniers sont fondés à utiliser la force armée, le théâtre d’opérations se déplaçant pour ainsi dire avec la personne visée.

Avantages tactiques

La temporalité de ces frappes interroge, comme le rappelle le choix de Joe Biden d’utiliser une formulation plaçant cette action dans le prolongement de celle d’Oussama Ben Laden. Alors que les démocraties sont accusées par leurs détracteurs d’être minées par leurs errements de volonté au gré des élections, et sont régulièrement dépeintes comme des régimes « amollis », peu enclins à utiliser la force pour défendre leurs intérêts, les Etats-Unis démontrent au contraire une détermination à éliminer ceux qui les menacent.

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via LeMonde

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