« Les Ouïghours » : de Mao à Xi Jinping, plus de soixante-dix ans de répression dans le Xinjiang

Livre. Jusqu’à ces dernières années, le sort des Ouïgours [orthographié ainsi par Le Monde] n’intéressait pas grand monde. Même Bernard Kouchner, alors ministre des affaires étrangères, a été pris en flagrant délit d’ignorance en 2009, évoquant les « Yoghourts » sur les ondes d’une radio nationale. Et le député européen Raphaël Glucksmann reconnaît sans fard n’être acquis à leur cause que depuis septembre 2019. Pourtant la tragédie des Ouïgours ne date pas d’hier. L’un des – nombreux – mérites du livre de Laurence Defranoux est de nous le rappeler.

Depuis que le Turkestan oriental (aujourd’hui région autonome du Xinjiang) est gouverné par un empereur de Chine, au milieu du XVIIIsiècle, les relations entre l’empire du Milieu et cette région sont empreintes d’ignorance, de méfiance et de violences. Non seulement cette région est loin, très loin – la ville de Kachgar est plus éloignée de Pékin que de la frontière turque –, mais elle est essentiellement peuplée depuis le XIVsiècle de musulmans considérés comme des barbares par les Chinois malgré le raffinement de leur civilisation. Problème : malgré sa position périphérique dans l’empire, elle est depuis deux mille ans au cœur des relations commerciales – les fameuses « routes de la soie » – entre la Chine et l’Europe.

La victoire des communistes à Pékin en 1949 aggrave les choses. Bien sûr, Mao Zedong oublie dès son arrivée au pouvoir les promesses d’autodétermination que le Parti communiste chinois (PCC) avait renouvelées aux Ouïgours, aux Mongols et aux Tibétains durant le quart de siècle précédent. Dès 1949, il envoie au Xinjiang le général Wang Zheng, un proche qui, dit-on, lui conseille d’« éliminer définitivement » les Ouïgours. A l’époque, les citoyens ne faisant pas partie de l’ethnie des Hans représentent moins de 6 % de la population, mais habitent dans des territoires qui, ensemble, recouvrent 64 % de la superficie du pays. L’autodétermination des différents peuples vivant sur le sol chinois n’est donc plus à l’ordre du jour. Hormis durant la parenthèse entre 1976 (mort de Mao) et 1989 (reprise en mains généralisée après le mouvement de Tiananmen), le colon chinois n’aura de cesse de réprimer le peuple ouïgour, de l’empêcher de parler sa langue et de pratiquer sa religion.

Avec deux autres constantes : l’envoi massif de Hans plus ou moins volontaires au Xinjiang pour que les Ouïgours y deviennent minoritaires et le développement de la région grâce à l’or noir (pétrole) et l’or blanc (le coton), deux secteurs qui appauvrissent davantage les sols qu’ils n’enrichissent les Ouïgours, systématiquement écartés des postes à responsabilité. Résultat : « Au lieu d’intégrer en douceur les peuples turciques du Xinjiang, la politique néostalinienne des minorités, la répression féroce et la colonisation à marche forcée ont un effet diamétralement inverse. Sous la pression extérieure, la mosaïque de petites communautés éparpillées sur 1,6 million de kilomètres carrés désertiques et montagneux prend conscience de leur ethnicité », explique la journaliste de Libération.

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via LeMonde

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