Les Rajapaksa, saga d’un clan qui a précipité le Sri Lanka dans l’abîme


Des manifestants avec les masques des frères Rajapaksa, le 26 avril, à Penideniya, au Sri Lanka.

Le Sri Lanka s’apprête sans doute à tourner une page de son histoire marquée par la domination des Rajapaksa. Le président Gotabaya Rajapaksa, qui était le dernier membre du clan à s’accrocher encore au pouvoir, devrait démissionner, mercredi 13 juillet. Chassé du palais présidentiel par une foule de manifestants en colère, samedi, l’homme a pris la fuite sous la protection de l’armée. Dans la hâte, il aurait laissé derrière lui 17,85 millions de roupies, soit environ 49 000 euros, en liquide. Les manifestants, qui manquent de tout depuis des mois en raison de la grave crise économique et financière qui frappe le pays, ont remis les billets flambant neufs à la police.

Plusieurs médias locaux avancent que le président se préparerait à partir pour Dubaï. Mardi 12 juillet au matin, des agents du principal aéroport international de Colombo et des passagers auraient empêché Basil Rajapaksa, ex-ministre des finances, de quitter le pays.

Cette chute humiliante du clan, poussé vers la sortie par la rue, contraste avec sa réputation. La famille Rajapaksa a dirigé le Sri Lanka d’une main de fer de 2005 à 2015, avant de revenir au pouvoir en novembre 2019. L’élection de Gotabaya Rajapaksa, surnommé « le terminator », avait alors consacré le retour aux responsabilités de la famille. Dans la foulée des attentats djihadistes d’avril 2019, qui avaient causé la mort de plus de 250 personnes, « Gota », le militaire de la fratrie et ancien ministre de la défense, réputé pour ses opérations impitoyables contre la guérilla des Tigres tamouls, s’était présenté comme l’homme capable de relever le pays, avec ses défis sécuritaires et économiques.

« Népotisme absolu »

Il a, peu à peu, réinstallé sa famille aux commandes du pays. Le frère de Gotabaya, l’ex-président Mahinda Rajapaksa, a été nommé premier ministre. Autre frère, Basil Rajapaksa, surnommé « Monsieur 10 % » – référence aux commissions qu’il aurait perçues sur des contrats publics –, est devenu ministre des finances. L’aîné de la fratrie, Chamal Rajapaksa, s’est vu attribuer le portefeuille de l’irrigation. Enfin, la nouvelle génération n’a pas été oubliée : Namal Rajapaksa, le fils aîné de Mahinda, pressenti pour prendre un jour la tête du pays, a écopé du ministère des sports et de la jeunesse. Tous, y compris le charismatique Mahinda, ont été poussés à la démission ces derniers mois dans l’espoir de maintenir Gotabaya au pouvoir.

« C’est du népotisme absolu, la famille Rajapaksa s’est appropriée l’Etat », fulmine Paikiasothy Saravanamuttu, fondateur du Centre for Policy Alternatives, un groupe de réflexion sri-lankais. Le président a également fait adopter un amendement à la Constitution lui conférant des pouvoirs étendus dans la nomination et la révocation des fonctionnaires, des juges, de la police, des ministres, et un contrôle sur les commissions indépendantes chargées des droits de l’homme et des efforts de lutte contre la corruption. Cette manœuvre avait notamment pour objet de le prémunir de toute enquête sur les allégations de corruption et les crimes qui ont pu être commis lors de la guerre civile.

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via LeMonde

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