Les révélations du « Projet Pegasus » déclenchent une tempête politique en Inde

Des partisans du Parti du Congrès lors d’une manifestation accusant le gouvernement du premier ministre indien, Narendra Modi, d’utiliser un logiciel espion pour surveiller les opposants politiques, les journalistes et les militants, à New Delhi, le 20 juillet 2021.

Le gouvernement du premier ministre indien, Narendra Modi, est sous le feu des critiques après la multiplication des révélations sur l’utilisation du logiciel espion israélien Pegasus par les agences de sécurités indiennes. Au deuxième jour de la rentrée parlementaire de l’été, mardi 20 juillet, les députés de l’opposition ont brandi des pancartes et scandé des slogans dans l’assemblée, entraînant des suspensions de séances à répétition. Ils réclament une enquête parlementaire indépendante pour faire la lumière sur le millier de noms sélectionnés par New Delhi comme d’éventuelles cibles du logiciel espion, l’un des plus sophistiqués de la planète.

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Un consortium de dix-sept médias du monde entier, dont Le Monde fait partie, a identifié les numéros du chef de l’opposition, Rahul Gandhi, d’une trentaine de journalistes, de responsables d’agences de sûreté, de deux ministres de M. Modi, d’hommes d’affaires ou encore de militants des droits humains. Certains d’entre eux ont été la cible potentielle du logiciel espion, avant d’être accusés de terrorisme par les services de renseignement du pays puis envoyés en prison en dépit de la fragilité des preuves pesant contre eux. L’Inde est le pays qui compte, avec le Maroc, le nombre le plus élevé de cibles potentielles.

Le BJP, « Parti du peuple espion »

Dans la foulée des révélations, le Parti du Congrès a organisé une conférence de presse au cours de laquelle il a dénoncé la « trahison » et l’« abdication » du gouvernement en matière de « sûreté nationale », en fustigeant le fait qu’une entreprise étrangère, en l’occurrence la société israélienne NSO Group, ait pu avoir accès à des informations sensibles. Le logiciel espion peut activer à distance le micro ou la caméra du smartphone, aspirer tous les messages, le contenu du répertoire et extraire des données de géolocalisation.

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Plusieurs rassemblements ont aussi été organisés dans la capitale indienne à l’initiative du Parti du Congrès, durant lesquels les manifestants ont sorti jumelles, loupes et combinés téléphoniques enroulés autour du cou pour réclamer la démission du gouvernement. Pour l’occasion, le vieux parti de l’indépendance a renommé le Parti du peuple indien (le BJP, au pouvoir), en « Parti du peuple espion ».

Signe que la menace est prise au sérieux par le BJP, les ministres en chef de plusieurs Etats sont montés au créneau pour défendre le gouvernement et dénoncer des « conspirations » venant de l’étranger. L’ONG Amnesty International, dont le Security Lab est partenaire technique du consortium de médias, a aussi été la cible des attaques. « Nous connaissons tous le rôle d’Amnesty, ils soutiennent le terrorisme de gauche en Inde et travaillent jour et nuit pour ternir la réputation du pays dans le monde », a déclaré Himanta Biswa Sarma, ministre en chef de l’Etat de l’Assam. Le ministre de l’intérieur, Amit Shah, a de son côté fustigé sur son compte Twitter des « conspirations » destinées à faire « dévier l’Inde de sa trajectoire de développement ».

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via LeMonde

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