« Les subventions à la voiture électrique rappellent que le retour du protectionnisme américain est désormais une réalité bipartisane »

Le président américain, Joe Biden, à Wilmington (Delaware), le 11 décembre 2021.

Pertes et profits. Ceux qui pensaient que la politique commerciale américaine serait plus douce sous Joe Biden qu’avec Donald Trump en sont pour leurs frais. Seul le style, plus policé, a changé. Pour le reste, c’est parfois pire. C’est ce que constatent amèrement le Canada et le Mexique, victimes toutes désignées des pulsions protectionnistes de leur grand voisin. Dernier épisode, les subventions à la voiture électrique. Dans le gigantesque programme d’investissement de 1,7 milliard de dollars (1,5 milliard d’euros), déjà voté par la Chambre des représentants mais pas par le Sénat, de larges subventions à l’achat de vélos ou de voitures électriques sont prévues. Dans ce dernier cas, la subvention peut atteindre 12 500 dollars par véhicule.

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Mais cette aide spectaculaire n’est pas pour tout le monde. Aux 7 500 dollars de base s’ajoutent 4 500 dollars si la voiture est produite aux Etats-Unis et encore 500 dollars si la batterie elle-même est « made in USA ». Mary Ng, la ministre canadienne du commerce extérieur, a sorti sa calculette et affirme que cela revient à taxer une voiture produite au Canada et vendue aux Etats-Unis à 34 %. Dans ces conditions, ce n’était pas la peine de signer, en 2018, sous l’administration Trump, un nouvel accord de libre-échange, entré en vigueur en 2020.

Toyota, BMW et Mercedes protestent

De plus, comme pour se démarquer de la précédente administration et satisfaire son aile gauche, le plan Biden prévoit une clause plus étonnante encore. Elle restreint la subvention « made in USA » de 4 500 dollars aux seules voitures produites par des ouvriers syndiqués. Ce qui exclut de facto les voitures étrangères, allemandes, japonaises ou sud-coréennes, toutes fabriquées dans des Etats du Sud, dépourvus de syndicats : Virginie, Alabama, Indiana… Depuis des décennies, ces contrées conservatrices ont accueilli les industriels étrangers en laissant à la porte les méchants syndicats qui rendent les voitures si chères à fabriquer dans le Michigan, siège historique de Ford et de General Motors. Aussitôt, Toyota, BMW et Mercedes ont protesté contre cette nouveauté propre à réduire leur compétitivité.

Bien sûr, l’administration Biden répond qu’il est normal que l’argent du contribuable américain finance les usines américaines et que, favoriser les syndicats, c’est aussi aider à la reconstitution de la classe moyenne chère au cœur du président américain. Cet activisme soudain rappelle que le retour du protectionnisme américain est désormais une réalité bipartisane. Quant à l’architecture sophistiquée de cette subvention à conditions multiples, à force de vouloir contenter tout le monde, à droite comme à gauche, elle a toutes les chances de ne plaire à personne.

via LeMonde

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