Les talibans afghans, défiés par l’EI, se fâchent avec leurs anciens protecteurs pakistanais


Des combattants talibans montent la garde devant l’école pour garçons Abdul Rahim Shahid, située à l’ouest de Kaboul, le 19 avril 2022.

En revenant par la force au pouvoir, mi-août 2021, les talibans pensaient sans doute faire table rase du passé. L’Afghanistan ne devait plus jamais ressembler, selon eux, au pays dirigé pendant vingt ans par le précédent régime soutenu par les Occidentaux. Or, s’ils promettaient la fin de toute violence sur leur territoire, il n’en est rien. Et s’ils annonçaient la pacification des relations avec le Pakistan voisin, elles sont vite redevenues aussi conflictuelles que sous les gouvernements afghans précédents.

Mardi 19 avril, deux explosions ont frappé l’école pour garçons Abdul Rahim Shahid, située à l’ouest de Kaboul, un quartier essentiellement habité par des membres de la communauté chiite hazara, souvent ciblée par l’organisation Etat islamique (EI). Dans la soirée, le bilan faisait état « d’au moins six personnes tuées et de 24 blessés ». Deux bombes artisanales avaient été placées devant l’établissement. Une première déflagration s’est produite au moment de la sortie des classes, laissant, selon les images des médias locaux, des corps au milieu de flaques de sang et de livres calcinés.

La seconde explosion est intervenue alors que les premiers secours étaient sur place. Enfin, une grenade a été lancée dans le même quartier contre les locaux d’une école de langues. Ce quartier chiite était déjà visé par les attaques de l’EI avant le retour au pouvoir des talibans. En mai 2021, une attaque à l’explosif faisait 85 morts, en majorité des lycéennes, et plus de 300 blessés. En octobre 2020, une explosion avait entraîné la mort de 24 étudiants et en mai de la même année, une autre attaque contre une maternité tuait 25 personnes, dont 16 mères.

Menace minimisée

Les islamistes afghans, qui assuraient, avant de faire chuter l’ancien régime de Kaboul, que cette violence cesserait dès qu’ils reprendraient les rênes du pays, minimisent, pour l’heure, la menace de l’EI. Ils traquent ses membres sans répit, dans la capitale comme dans les provinces où ce groupe dispose de relais, notamment dans celle du Nangarhar, au nord-ouest du pays. Néanmoins, selon les services de renseignement occidentaux, les djihadistes de l’EI continuent, semble-t-il, d’agglomérer les « soldats perdus » de l’islamisme pakistano-afghan et les talibans en rupture de ban. Ils représentent, aujourd’hui, le principal défi sécuritaire du pouvoir taliban.

L’autre écueil qui s’est dressé devant le régime taliban est, en revanche, plus inattendu. Le 16 avril, des tirs à l’arme lourde de l’armée pakistanaise et des frappes d’hélicoptères ont touché des villages afghans, près de la frontière avec le Pakistan. D’après les responsables talibans, cette attaque a fait « une cinquantaine de morts », principalement des femmes et des enfants, et une vingtaine de blessés. Des images de maisons détruites lors de l’assaut ont été diffusées par Tolo News, la principale chaîne privée afghane, qui indique qu’il s’agit de quatre villages de la province de Khost. Des centaines de personnes ont manifesté, dans la ville de Khost et la région, et ont scandé des slogans antipakistanais.

Il vous reste 37.57% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess