Les talibans déclarent la guerre aux toxicomanes

Des prisonniers toxicomanes, à la prison centrale de Kandahar, en Afghanistan, le 28 octobre 2021.

En Afghanistan, c’est le ministère de l’intérieur qui gère les problèmes de toxicomanie, un phénomène endémique qui toucherait, selon l’ONU, 10 % de la population, soit près de quatre millions de personnes. Il a fait de la lutte contre ce fléau l’un des étendards de son action pour le pays et entend débarrasser les villes de l’image jugée dégradante de ces groupes d’hommes rassemblés sous des ponts ou dans des squares pour s’adonner à leur addiction. Selon le ministère chargé de la sécurité, c’est même le « traitement des toxicomanes qui permettra de vaincre le trafic de drogue dans le pays ».

Lundi 22 novembre, Saeed Khosti, le porte-parole du ministre de l’intérieur, a annoncé, comme une réussite, qu’à Kaboul, près de 3 000 toxicomanes avaient été conduits, au cours des deux dernières semaines, dans un centre de désintoxication. « Nous avons lancé une prise en charge rapide des toxicomanes, a-t-il déclaré, et nous en amènerons d’autres à l’hôpital dans les prochains jours, le processus concerne aussi les autres provinces, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus un seul toxicomane. »

Mauvais traitements

Cette « prise en charge » relève surtout de la rafle. Elle est menée, à Kaboul, par des hommes armés qui chassent les toxicomanes de leurs repères et les enferment dans une partie de l’hôpital Ibn Sina qui a multiplié par trois ses capacités d’accueil depuis septembre. Ils suivent ensuite un processus de « désintoxication » de quarante-cinq jours, au terme duquel ils sont considérés comme soignés.

Têtes rasées à leur arrivée, tous vêtus de tuniques identiques, ces hommes à l’air hagard sont sevrés de force, passant leurs journées allongés sur leurs lits dans des dortoirs ou recroquevillés dans les cours de l’établissement quand le froid ne les confine pas. La rare méthadone est vite distribuée pour les accros à l’opium et aucun substitut n’existe pour la méthamphétamine. Enfin, au sein du centre, la vie est réglée par des « chefs d’équipes », également toxicomanes, se comportant comme des caïds de prison multipliant les mauvais traitements.

Faute de réel suivi médical, les mêmes toxicomanes reviennent sans cesse. Dans d’autres villes du pays, comme Mazar-e-Sharif (nord), le schéma est identique sauf que ce sont des employés du ministère de la santé qui font la traque aux toxicomanes à bord de voitures banalisées. Les coups pleuvent souvent. Paradoxe, en cette fin novembre, alors que le pouvoir taliban communique sur sa lutte contre les consommateurs de drogue, la récolte de cannabis bat son plein. Le pays en sera, de nouveau, en 2021, le premier producteur mondial, comme pour l’opium.

via LeMonde

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