L’expérience italienne éclaire le nouveau paysage politique français

Analyse. Un monde politique éclaté, avec trois camps s’envoyant du soir au matin des invectives et excluant toute forme d’alliance entre eux ; une droite majoritaire sociologiquement, mais incapable de se mettre en situation de prétendre au pouvoir ; des partis traditionnels à bout de souffle, à la fois discrédités et incapables de se faire entendre… Ainsi décrit, le paysage qui se dessine en France au sortir du premier tour de l’élection présidentielle éveille un certain nombre d’analogies chez les observateurs du jeu politique italien. C’est, en effet, la copie conforme du schéma tripartite qui a régné en Italie durant les années 2010, jusqu’à culminer avec la défaite cuisante des forces modérées lors des législatives du 4 mars 2018.

Il serait tentant, passé le clin d’œil, d’abandonner tout de suite cette analogie, considérant qu’elle ne mène pas bien loin étant donné les différences de système électoral entre les deux pays. En effet, en Italie, et même si la loi électorale a une fâcheuse tendance à changer au gré des circonstances, la logique conduit toujours à conserver une forte dose de proportionnelle, afin que le Parlement soit le reflet de l’opinion.

Dans une situation dominée par trois blocs antagonistes, et où aucun n’est susceptible de l’emporter seul, les partis seront donc voués à s’entendre. Ainsi le Mouvement 5 étoiles (M5S), qui avait remporté près du tiers des suffrages en 2018 (32,8 %) en professant le refus des accords de partis et des combines d’arrière-salle, n’a-t-il eu d’autre choix, pour gouverner, que de s’y livrer.

Epuisantes contorsions

En mai 2018, le M5S, parti inclassable fondé par Beppe Grillo, concluait un « contrat de gouvernement » avec le très eurosceptique Matteo Salvini (Ligue, extrême droite), avec pour objectif de défier Bruxelles. A peine un an plus tard, il faisait volte-face et concluait une alliance avec la gauche. Puis, en février 2021, il applaudissait à l’arrivée aux affaires de l’ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, qui avait été durant des années son meilleur ennemi, rejoignant l’actuel gouvernement d’union nationale rassemblant la quasi-totalité des sensibilités politiques, de la gauche à l’extrême droite…

Dans ces épuisantes contorsions, le M5S a perdu sa singularité, et une bonne part de son capital électoral (les sondages le créditent de 15 % des intentions de vote), en tournant le dos à tout ce qu’il professait, ou presque, tandis que les plus indociles de ses membres rompaient avec la discipline partisane pour rejoindre le marais des non-inscrits.

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via LeMonde

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