« L’idée que Poutine puisse utiliser l’arme nucléaire m’obsède. Je me pose toujours la même question : pourquoi n’a-t-il toujours pas été éliminé ? »

Olga et Sasha sont deux sœurs ukrainiennes. La première a 34 ans et est caviste à Paris, où elle habite depuis sept ans. La seconde, âgée de 33 ans, vit à Kiev avec sa mère, et son compagnon, Viktor. Désormais, Sasha vit dans un petit appartement, seule avec son chien, dans la même résidence que son amie Y. Les deux sœurs ont accepté, depuis le début du conflit, de tenir leur journal de bord pour M. Cette semaine, elles ont suivi de près l’évacuation des civils et des militaires de l’­aciérie d’Azovstal à Marioupol. Elles se sont aussi inquiétées de la réaction russe à l’approche du 9-Mai, jour de la commémoration de la victoire des troupes soviétiques sur l’Allemagne nazie.

Mardi 3 mai

Olga : On est déjà au mois de mai… C’est le 69e jour de cette guerre que nos « frères » rachistes [contraction de « Russes » et « fascistes »] ont amenée en Ukraine. Dans ma routine quotidienne, je ne m’étonne même plus de la tonne de messages que je reçois tous les jours sur les canaux de Telegram : une normalité complètement absurde. Le 9 mai arrive. C’est une date très importante pour poutine [Olga et Sasha font le choix de ne pas mettre de majuscule à « russe », « russie » et « poutine »]. A l’origine, c’est le jour de la victoire des Soviétiques sur les nazis. Mais ces dix dernières années, les autorités russes ont réussi à déguiser ce jour en fête de la russie armée et « nucléairement » forte. Ils ont changé le « Plus jamais [la guerre] » en « [la guerre] toujours et encore »… Et malheureusement, beaucoup de russes soutiennent cela.

Sasha : Aujourd’hui, j’ai une journée planifiée heure par heure. Ce matin, j’ai fait le ménage et ensuite, j’ai eu un entretien d’embauche avec le DRH d’une entreprise de technologie informatique. Après, je suis allée visiter un appartement que je veux louer dans le centre-ville. J’ai bien réfléchi, on en a parlé avec Viktor, et je veux vivre toute seule, trouver du travail. Viktor restera chez lui. On est toujours en couple, mais on est bien comme ça. Ce soir, j’étais chez lui, il y a eu deux sirènes. J’avais pris le chien, je vais y rester jusqu’à demain. Mais être au neuvième étage alors qu’il y a des sirènes, c’est nouveau pour moi. On lit qu’il y a des explosions dans les régions de Lviv, Vinnytsia et Dnipro. On est scotchés aux événements de Marioupol et de l’usine Azovstal. Il m’arrive de penser qu’il n’y a plus personne de vivant là-bas.

Le maire de Marioupol a dit que les russes avaient tué en deux mois 20 000 personnes. C’est deux fois plus que les nazis en deux ans d’occupation de cette ville pendant la seconde guerre mondiale. Je sais que les Européens n’aiment pas comparer la russie de poutine et l’Allemagne d’Hitler, qu’ils n’aiment pas employer le mot « génocide » à propos de la guerre en Ukraine, mais apparemment c’est ce qui se passe en ce moment à Marioupol. L’histoire nous dira comment on va appeler ces événements.

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via LeMonde

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