Littérature, cinéma, séries : pourquoi le crime inspire tellement les créateurs


Robert De Niro est Al Capone dans « Les Incorruptibles » (1987), de Brian De Palma.

Bien avant Francis Ford Coppola, Brian De Palma ou Martin Scorsese, Honoré de Balzac et Victor Hugo ne sont pas pour rien dans cette affaire. Le premier, en 1842, dans Le Père Goriot, en parlant de son âme damnée, Vautrin, écrit : « Il n’y a de vie que dans les marges. » Le second, vingt ans plus tard, dans Les Misérables, à propos de la personnalité trouble de Javert, s’exclame : « L’histoire des hommes se reflète dans l’histoire des cloaques. » Tout est dit.

La mafia ne fascine pas seulement les écrivains, les cinéastes, les scénaristes de séries ou les auteurs de BD parce qu’il s’agit de crime. En fait, elle renvoie à un mystère, une noirceur sociale plus lourde, plus angoissante, qui suppose la violence. Les bas-fonds, la face cachée de la société, la pègre, le « milieu » avec ses lois, ses règles, ses codes, ses lieux et sa langue – l’argot – avivent les fantasmes d’une population au quotidien besogneux, terne et sans aspérité, pour qui le Mal, masqué mais omniprésent, résiderait au cœur de notre monde.

Mettre en scène cette réalité dans un roman, un film ou une série permet de s’immerger dans les ténèbres d’un tragique pas du tout épuré. L’heure n’est plus comme chez Agatha Christie à résoudre un meurtre de salon en prenant un thé à 5 heures. Imagine-t-on Hercule Poirot se battre contre la Cosa Nostra ? Désormais, le lecteur ou le spectateur progresse « dans l’Asphalt Jungle, où, à chaque instant, des parcours nouveaux doivent être réinventés, où le danger guette, l’émerveillement aussi ; où la pire des fautes est forcément la naïveté », comme le notait, avec poésie, le regretté Jean-François Vilar, sans doute le meilleur auteur français de romans noirs.

Ainsi naît le roman noir

Tout a basculé le 16 janvier 1920. Ce jour-là, les Etats-Unis interdisent la vente et la consommation d’alcool sur tout leur territoire. La Prohibition entraîne l’explosion des bootleggers, revendeurs qui cachaient les bouteilles dans leurs bottes, et des speakeasies, ces bars clandestins. Mais surtout, elle permet aux organisations mafieuses d’origine sicilienne, arrivées avec la dernière vague d’immigration, de se lancer dans des trafics avantageux. Chicago, sous l’autorité d’Al Capone, acquiert la réputation douteuse de « capitale du crime ». A New York, Lucky Luciano organise un véritable syndicat du crime organisé. La corruption gangrène la police et l’administration. Très vite, la littérature populaire, celle des paperbacks (livres de poche) et des pulps (revues illustrées) comme Black Mask, va s’emparer du sujet et transformer les nobles bandits au grand cœur, style Arsène Lupin, en d’ignobles criminels prêts à jeter dans une cuve d’acide leur meilleur ami pour accroître leur empire.

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via LeMonde

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