« L’Occident est en train d’entrer en récession »

Joachim Fels ne cache pas son pessimisme. Le conseiller économique de Pimco, le plus grand gestionnaire obligataire au monde, estime que la croissance en Europe et aux Etats-Unis va plonger dans les mois qui viennent. « Nous sommes de facto déjà en stagflation et en train d’entrer en récession », estime-t-il dans un entretien au Monde. L’Allemand, qui vit en Californie et était de passage à Londres, siège au comité d’investissement de Pimco, vendredi 8 juillet. A ce titre, il doit orienter les quelque 2 000 milliards de dollars d’encours (1 960 milliards d’euros) de ce géant de la gestion d’actifs. C’est environ sept fois plus que le budget de l’Etat français.

Son principal travail est de détecter les tendances sur les années à venir. Ce qu’il constate n’est guère rassurant. A court terme, l’inflation – et le resserrement monétaire qui l’accompagne – explique le violent coup de frein sur la croissance occidentale. La séquence d’événements est désormais bien connue : à la sortie de la pandémie de Covid-19, les chaînes logistiques étaient complètement désorganisées, créant des pénuries de biens (les puces électroniques, notamment) et un renchérissement des prix.

A ce premier choc s’est ajoutée la guerre en Ukraine, qui a provoqué une flambée des matières premières (pétrole, gaz, produits agricoles…). Pour faire face à cette envolée de l’inflation, les banques centrales, à commencer par la Réserve fédérale des Etats-Unis (Fed), augmentent leurs taux. « On est à 8,6 % d’inflation aux Etats-Unis et en zone euro, ce qui est vraiment très loin de l’objectif de 2 % des banques centrales. Celles-ci n’ont pas d’autre choix que de durcir leur politique monétaire », estime M. Fels. La Fed a déjà augmenté ses taux, qui frôlaient zéro au début de l’année, à une fourchette entre 1,5 % et 1,75 %.

Cycle plus avancé aux Etats-Unis

« Elle devrait encore les doubler d’ici au début de 2023, selon M. Fels. Normalement, la Fed a un mandat dual, de maîtrise de l’inflation et de soutien de l’emploi. Actuellement, elle se concentre uniquement sur l’inflation. » A juste titre, précise-t-il, parce que les risques de passer dans un régime de forte inflation durable sont réels, et qu’il vaut mieux agir le plus tôt possible pour l’enrayer. Inévitablement, ce cocktail – baisse du pouvoir d’achat et durcissement des conditions financières – provoque une chute de l’économie.

« C’est une récession provoquée par [Jerome] Powell et [Vladimir] Poutine », résume M. Fels, en référence aux présidents de la Fed et de la Russie. Les Etats-Unis sont les plus avancés dans le cycle économique : le produit intérieur brut était déjà négatif au premier trimestre et « les indicateurs actuels pointent vers un chiffre négatif au deuxième trimestre ». En zone euro, la récession viendra plus tard dans l’année. Au premier trimestre, la croissance y était encore positive, à 0,6 %.

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via LeMonde

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