L’offensive de Pékin pour faire oublier le « virus chinois »

Des agents de sécurité contrôlent l’entrée de l’Institut de virologie de Wuhan, dans la province de Hubei, en Chine, le 3 février.

Quand Xi Jinping parle pour la première fois du nouveau coronavirus aux Chinois, le 20 janvier 2020, après un mois de silence, sa stratégie est fixée. Le dirigeant communiste part en guerre pour « résolument enrayer » l’épidémie. Il doit contrôler le désordre sanitaire qui a surgi au début de décembre 2019 à Wuhan, une ville de 11 millions d’habitants, et touche désormais Pékin et Shanghaï. Xi veut placer la Chine à l’avant-garde de la lutte planétaire qui s’engage. Il décide, surtout, de tout faire pour que le monde doute de l’origine du SARS-CoV-2. L’histoire doit oublier le « virus chinois ».

Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom, serre la main du président chinois Xi Jinping avant une réunion au Grand Hall du Peuple à Pékin, le 28 janvier 2020.

Une puissante campagne de propagande d’Etat s’engage, dont tous les contours ne sont pas encore connus. Elle débute dans la sidération causée par le nouveau virus, en ce début d’année 2020. Pour les autorités chinoises, il convient d’abord de ne pas raviver le traumatisme du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), la première épidémie mondiale du XXIe siècle, qu’elles avaient mal gérée et qui avait paniqué l’Asie en 2002-2003 (774 morts dans le monde).

A Wuhan, depuis plusieurs semaines, sévit une pneumonie. « Pour le moment, la police de Wuhan a arrêté huit personnes qui ont répandu des rumeurs liant la pneumonie au SARS », écrit le Global Times le 6 janvier 2020. Heureusement, « le virus trouvé à Wuhan apparaît beaucoup moins grave que celui qui a causé le SRAS », rassure, dans le journal d’Etat, Liu Youning, un épidémiologiste travaillant dans un hôpital militaire.

La chaîne australienne ABC établira que, dès octobre 2019, des douzaines de personnes étaient hospitalisées avec des symptômes de fièvre et de toux dans la capitale régionale du Hubei. De leur côté, le New York Times et ProPublica révéleront que, pour dissimuler l’étendue de l’épidémie à ses débuts, la propagande chinoise s’est appuyée sur 3 200 directives et 1 800 mémos envoyés à des agents locaux dans tout le pays.

Les louanges de l’OMS

A Genève, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) va attendre trois mois pour annoncer que la planète affronte une nouvelle pandémie, le 11 mars. Pour Pékin, qui y a renforcé son influence ces dernières années, l’institution est sous contrôle. Dès 2017, son directeur, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a chanté les louanges du « modèle de santé chinois », en laissant entendre qu’il faudrait une « route de la soie de la santé » dans le cadre du projet « Belt and Road Initiative » que Pékin développe dans le monde.

Il vous reste 89.62% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

Total
1
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Previous Post

Coronavirus : l’Allemagne va classer la France en « zone à haut risque »

Next Post

La Chine sanctionne des personnalités et des entités britanniques pour leurs « mensonges » sur les Ouïghours

Related Posts