Londres veut restreindre drastiquement les arrivées de migrants « illégaux »

Au cœur de l’été 2020, alors qu’un nombre historiquement élevé de « small boats » (des bateaux gonflables pour la plupart) s’engageaient dans la Manche pour rejoindre les côtes britanniques, Priti Patel était passée à l’offensive : le système d’asile du pays étant « brisé », il fallait en concevoir un nouveau, plus conforme au « take back control » (reprendre le contrôle) cher aux brexiters. La très radicale ministre de l’intérieur de Boris Johnson a rendu mercredi 24 mars une copie conforme à sa promesse, suscitant l’indignation des associations d’aide aux migrants et même les interrogations du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR).

Deux classes de réfugiés

Le nouveau système d’asile à la britannique, qui pour l’instant n’est qu’une « proposition » soumise à consultation – un projet de loi viendra ultérieurement, a assuré Mme Patel –, introduirait deux classes de réfugiés. Ceux arrivant au Royaume-Uni par des « routes légales » (négociées entre Londres et l’UNHCR, par exemple), venus directement de zones en crise (guerres, famines), auraient accès à tous les droits attachés à leur statut de réfugié : regroupement familial, aides sociales.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Après le Brexit, les questions migratoires restent à négocier

Tous les autres, arrivant par bateau (ou cachés dans des camions), en passant par des filières de passeurs, n’auraient pas le même accès aux aides, même s’ils décrochent le statut de réfugié au Royaume-Uni, ni les mêmes droits au regroupement familial. Ils se verraient remettre un « statut de protection temporaire » d’une durée maximale de trente mois. Cependant, « ce statut ne leur donnera pas un droit illimité à rester dans le pays », a précisé Mme Patel. « Notre nouveau système est basé sur la fermeté mais aussi la justice, pas sur la capacité de certains à se payer des passeurs. Ceux qui viennent par ces routes illégales encombrent notre système d’accueil et nous empêchent de bien nous occuper de ceux ayant réellement besoin d’une protection », a ajouté la ministre lors d’un débat à la Chambre des communes. « Les migrants qui viennent de pays sûrs – les pays européens, dont la France, sont des pays sûrs – devraient faire leur demande d’asile dans ces pays»

Limiter les possibilités de recours

En plus de vouloir décourager les passages « illégaux », le gouvernement Johnson entend augmenter les contrôles de l’âge des migrants parvenus dans le pays, pour éviter que certains se fassent passer pour des adolescents et bénéficient de conditions d’accès facilitées. Londres veut aussi « accélérer » les expulsions des personnes n’ayant pas réussi à décrocher le statut de réfugié et limiter leurs possibilités de recours devant les tribunaux. « Au moins les trois quarts des migrants [à qui a été refusé le statut de réfugié] font appel. Il faut en finir avec cette justice confisquée [par les recours] », a martelé la ministre, très en verve contre les avocats se mettant au service des migrants.

Il vous reste 55.36% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

Total
2
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Previous Post

(03 Photos) Vestiaire des joueurs sénégalais: Sadio Mané et El Hadji Diouf, l’ambiance est au rendez-vous

Next Post

(PHOTOS) Sadio Mané clôt le débat sur  »le meilleur joueur de l’histoire du Sénégal »

Related Posts