Luis Echeverria, ancien président mexicain, est mort


Luis Echeverria, le 16 novembre 1969 à Mexico, après son investiture pour la présidentielle de 1970.

Son nom reste associé au massacre de Tlatelolco. Ce 2 octobre 1968, à Mexico, des militaires ouvrent le feu sur des milliers d’étudiants, réunis sur la place des Trois-Cultures, à quelques jours de l’inauguration des Jeux olympiques d’été dans la capitale. Des francs-tireurs, postés dans les immeubles alentour, visent la foule. Au sol, des soldats encerclent les manifestants. La fusillade durera deux heures, faisant 25 morts selon les chiffres officiels, plus de 300 selon les associations de victimes. Cinquante-trois ans plus tard, l’impunité plane toujours sur ce drame qui entache la mémoire de Luis Echeverria, ministre de l’intérieur (1963-1969) à l’époque. Elu président, deux ans plus tard, celui-ci mènera d’autres répressions sanglantes contre ses opposants.

M. Echeverria est mort, vendredi 8 juillet, à l’âge de cent ans, dans sa demeure de Cuernavaca (centre). C’est le seul ancien président mexicain (1970-1976) à avoir été jugé pour génocide, mais sans avoir posé un pied en prison. Sur la scène internationale, son image est restée celle d’un défenseur des nations du tiers-monde, militant pour l’autodétermination économique en pleine guerre froide. Allié à la fois de Richard Nixon aux Etats-Unis et de Salvador Allende au Chili, M. Echeverria a donné asile à des réfugiés chiliens après le coup d’Etat, en 1973, du général Augusto Pinochet. Mais au Mexique, l’ancien président est passé à la postérité pour sa main de fer contre les contestataires du régime autoritaire instauré par le Parti révolutionnaire institutionnel. Le fameux PRI, hégémonique durant soixante et onze ans jusqu’en 2000, avant de revenir au pouvoir de 2012 à 2018.

Sa vie est liée à l’histoire du parti. Né le 17 janvier 1922 à Mexico dans une famille de quatre enfants, il avait à peine trois ans quand a débuté le mandat du général Plutarco Elias Calles, créateur du Parti national révolutionnaire, l’embryon du PRI. M. Echeverria était encore adolescent lorsque le président Lazaro Cardenas a nationalisé, en 1938, la production pétrolière. Son diplôme de droit de l’université nationale autonome du Mexique en poche, le jeune avocat rejoint, en 1946, les rangs du PRI. Douze ans plus tard, le trentenaire est déjà vice-ministre de l’intérieur avant de prendre la tête de ce ministère sous le mandat de Gustavo Diaz Ordaz (1964-1970), auquel il succédera.

« Guerre sale »

Plus charismatique que son prédécesseur, M. Echeverria affiche, à son arrivée à la présidence, l’image d’un progressiste en rupture avec l’autoritarisme du PRI. Mais un nouveau bain de sang, dans le droit fil de celui de 1968, entache vite son début de mandat : le 10 juin 1971, des étudiants mobilisés dans le centre de Mexico sont attaqués par un groupe de choc à la botte du PRI, surnommé « Los Halcones » (Les Faucons). Le massacre fait au moins 120 morts. Dans la foulée, M. Echeverria lance sa « guerre sale » contre les guérillas qui se renforcent dans les campagnes et dans les villes. Meurtres, disparitions forcées, tortures… La répression se veut violente et systématique selon une logique contre-insurrectionnelle.

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via LeMonde

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