L’Ukraine se méfie du projet de la « communauté politique européenne »


La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola (à droite) embrasse le président français Emmanuel Macron (à gauche) après son discours à côté de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (au centre) lors de la Conférence sur l’avenir de l’Europe à Strasbourg le 9 mai 2022.

Les choses sont dites de façon diplomatique, mais l’insistance trahit une forme d’inquiétude, voire de doute. L’Ukraine se voit mal rejoindre la « communauté politique européenne » esquissée par Emmanuel Macron, lundi 9 mai à Strasbourg sans disposer, à terme, d’une réelle perspective d’adhésion à l’Union européenne (UE). C’est du moins ce que ses dirigeants ont cherché à faire comprendre ces derniers jours.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a été le premier à émettre des réserves. Lors d’une rencontre à distance avec des étudiants français, mercredi, il a surtout insisté, depuis Kiev, sur l’importance pour son pays d’adhérer dès que possible à l’UE : « Notre entrée ne pourra que renforcer l’UE, on ne peut pas nous garder à distance », a-t-il jugé, dans une réponse à une question sur la « communauté politique » : « On ne peut pas rester dans cette incertitude de manière constante ; c’est comme une table où toute la famille est réunie, tu es invité, mais on ne t’a pas mis de chaise. C’est injuste. » « L’Ukraine respecte l’Union européenne, et nous voulons bénéficier du même respect », a-t-il souligné, avant d’être applaudi par les étudiants.

A Berlin jeudi, Dmytro Kuleba, le ministre ukrainien des affaires étrangères, s’est montré plus explicite encore : « Aucune alternative à l’intégration européenne de l’Ukraine ne serait être acceptable. » Si le projet de « communauté politique » devait tenir durablement son pays à l’écart de l’UE, « cela serait discriminatoire, déloyal et irait à l’encontre des déclarations publiques venant de France et d’autres pays comme quoi l’Ukraine appartient à la famille européenne », a-t-il dit. Des contacts ont eu lieu entre la cellule diplomatique de l’Elysée et l’entourage de M. Zelensky, afin de le rassurer.

Possibles frustrations

A court terme, Kiev, après avoir déposé sa demande d’adhésion en mars, peu après le déclenchement de l’invasion russe, espère obtenir sans tarder le statut de pays candidat à l’UE. La Commission devrait rendre un avis en ce sens dans le courant du mois de juin. La décision formelle doit être prise ensuite par les Etats membres, à l’unanimité, peut-être dès le Conseil européen de juin. « A ce jour, je ne vois aucune contradiction entre la communauté politique et le fait d’accorder le statut de candidat à l’Ukraine, a assuré M. Kuleba. Ce sera la reconnaissance du combat de l’Ukraine pour des valeurs que vous et nous partageons. »

Les réserves ukrainiennes sont prises au sérieux en France. Car le projet présenté par le président français, dans l’urgence du conflit, concerne en premier lieu l’Ukraine. Sans la guerre, jamais cette idée inspirée de la « confédération européenne » proposée en vain par François Mitterrand, en décembre 1989, un mois après la chute du mur de Berlin, n’aurait été lancée par le chef de l’Etat.

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via LeMonde

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