Macron et l’Europe, l’audace d’une Union plus puissante

Dans l’urgence de la guerre en Ukraine, esquisser la perspective d’une nouvelle avancée européenne peut paraître audacieux, voire risqué. Emmanuel Macron s’y est pourtant essayé lundi 9 mai, à Strasbourg, en clôture de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, et on ne peut que l’en saluer.

Resté plutôt confidentiel, cet exercice de démocratie participative à l’échelle des Vingt-Sept était destiné à nourrir les débats sur la façon de relancer la construction européenne, après quinze ans de crises sans fin : zone euro, migrants, Brexit, pandémie de Covid-19 et, désormais, invasion par la Russie d’une Ukraine soucieuse d’entrer dans l’Union, à défaut de pouvoir pousser les portes de l’OTAN.

Sans préempter les débats, qui ne font que s’ouvrir, le chef de l’Etat a tenté de poser quelques jalons, afin d’accroître l’« indépendance » et l’« efficacité » d’une Europe puissante qui se revendiquerait comme telle. Il a plaidé en faveur d’une réforme des traités, réclamée par les eurodéputés, afin de tirer les leçons des récentes crises.

L’un des enjeux, a prévenu le chef de l’Etat, serait de « généraliser les votes à la majorité qualifiée », c’est-à-dire de s’affranchir, là où elle existe encore – en matière de fiscalité et de politique étrangère par exemple –, de la règle de l’unanimité, qui permet à une seule capitale de bloquer une décision. Au passage, M. Macron a tenté de restaurer une vieille idée française, celle d’une Europe à plusieurs vitesses, permettant à une « avant-garde » d’Etats plus volontaires de montrer la voie, sans en être entravés par les autres, plus réticents mais susceptibles de les rejoindre.

Moment favorable

Le président de la République a aussi prôné la mise en place d’une « communauté politique européenne », une sorte de confédération destinée à rassembler les pays qui aspirent à entrer dans l’Union européenne, pour ne pas opposer élargissement et réforme. Il s’agirait d’associer à la famille européenne l’Ukraine, la Moldavie, la Géorgie et les pays des Balkans occidentaux, sans précipiter leur adhésion, celle-ci pouvant prendre « plusieurs décennies », selon M. Macron. La perspective les décevra sans doute, mais elle est réaliste.

Ce faisant, l’Elysée fait sien un projet présenté en vain juste après la chute du mur de Berlin par François Mitterrand, en 1989, tout en s’en démarquant sur un point fondamental, puisque la Russie n’aurait pas vocation à rejoindre cet ensemble de pays démocratiques. Recevant le président de la République à Berlin, lundi soir, le chancelier Olaf Scholz a prudemment qualifié l’idée de « très intéressante ».

Deux semaines après sa réélection, le moment est favorable pour M. Macron, même si l’opinion publique française demeure divisée sur les enjeux communautaires. Le Rassemblement national n’a d’ailleurs pas tardé à dénoncer une « fuite en avant fédéraliste » du vainqueur de Marine Le Pen.

Le chef de l’Etat est aussi en quête de leadership sur le continent, au moment où l’agression russe contre l’Ukraine renouvelle les rapports de force entre les Vingt-Sept. L’Allemagne est sur la défensive, peu à l’aise avec les questions de sécurité et handicapée par sa dépendance aux hydrocarbures russes.

L’approche du chef de l’Etat a le mérite de soulever les questions qui s’imposent, mais elle n’est pas sans danger. A vouloir forcer l’unité, M. Macron risque la division. Treize Etats membres, dont la Pologne, la Roumanie et la Suède, n’ont pas attendu la fin de son discours strasbourgeois pour rejeter les « tentatives inconsidérées et prématurées » de revoir les traités. L’« arrière-garde » devra être convaincue.

Le Monde

via LeMonde

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