Madagascar : « Dans chaque famille, on connaît au moins une femme qui a dû avorter »


Chez une femme pratiquant des avortements clandestins, à Antananarivo, en juillet 2019.

A Madagascar, l’avortement reste sévèrement puni par la loi, quelles qu’en soient les causes. Des milliers de femmes meurent chaque année d’interruptions volontaires de grossesse (IVG) réalisées de manière clandestine, dans des conditions non sécurisées. Une proposition de loi destinée à autoriser l’IVG pour motifs thérapeutiques ou en cas de viol ou d’inceste a été déposée en novembre 2021 par la députée indépendante Marie-Jeanne d’Arc Masy Goulamaly. Mais son examen, déjà repoussé une première fois au mardi 10 mai, a été retiré de l’ordre du jour sans explication.

Le mouvement pour la légalisation de l’avortement Nifin’Akanga – du nom d’une plante abortive utilisée dans les remèdes traditionnels – a appelé à une manifestation citoyenne, vendredi devant l’Assemblée nationale, à Antananarivo, pour protester. « Les femmes malgaches ne veulent plus vivre dans cette insécurité et doivent pouvoir faire un choix dont leur vie dépend », dénonce Mbolatiana Raveloarimisa, membre fondatrice du mouvement.

Pourquoi l’examen de la proposition de loi sur l’interruption de grossesse pour motif thérapeutique a-t-il été retiré de l’agenda ?

Nous l’ignorons. Le sujet fait débat dans la société et continue de susciter de fortes oppositions, en particulier de la part de l’Eglise catholique. Mais les députés doivent discuter et voter sans entrave. C’est notre demande.

Aujourd’hui, l’article 317 du Code pénal expose ceux qui aident les femmes en leur sauvant la vie à des peines d’un an à cinq ans de prison et des amendes allant de 360 000 à 10,8 millions d’ariary [de 80 à 2 500 euros]. Ces condamnations peuvent être alourdies en cas de récidive, ce qui peut être le cas pour le personnel médical dans l’exercice de son travail. Les femmes, de leur côté, sont passibles de six mois à deux ans de prison et à une amende pouvant atteindre 2 millions d’ariary, soit dix fois le salaire moyen.

Madagascar a signé en 2003 le protocole de Maputo, qui garantit les droits des femmes, dont celui à l’avortement dans les cas d’agression sexuelle, d’inceste ou lorsque la grossesse met en danger la vie de la mère. Mais le texte n’a jamais été ratifié.

L’article 317 que vous évoquez est-il strictement appliqué ?

Oui et non. Il y a des femmes qui ont été emprisonnées pour pratique de l’avortement. Mais il y a aussi chaque jour, dans les hôpitaux, des médecins qui sauvent des femmes en mettant un terme à des grossesses extra-utérines. Ils sont sans le savoir sous le coup de loi, car selon le Code pénal, ils ne devraient pas intervenir et laisser la femme mourir.

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via LeMonde

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