Marie Dumoulin : « Vladimir Poutine, qui veut contrôler le discours historique, célébrera seul le 9-Mai »

Lundi, Vladimir Poutine présidera, entouré de la haute hiérarchie militaire du pays, au traditionnel défilé du 9-Mai, marquant chaque année l’anniversaire de la fin de la Grande Guerre patriotique en 1945. Aucun chef d’Etat étranger ne sera présent à ses côtés, le Kremlin justifiant cette décision par le caractère ordinaire de ces célébrations, à l’opposé de celles qui avaient marqué, en 2020, le 75e anniversaire de la seconde guerre mondiale, et ajoutant : « C’est notre fête ».

Ces termes sont révélateurs de la lecture qui s’est imposée à Moscou de la seconde guerre mondiale, qui traduit désormais une mémoire proprement russe et non plus une mémoire partagée avec l’ensemble des anciennes républiques soviétiques. La mémoire de la Grande Guerre patriotique a pourtant fondé, durant la période soviétique, une véritable identité collective, faite de sacrifices (les victimes dans chaque république soviétique se comptaient en centaines de milliers, voire en millions de personnes pour la Biélorussie, dont on estime qu’un quart de la population aurait péri entre 1941 et 1945), de références culturelles partagées et d’un pacifisme populaire, illustré par le mantra « pourvu qu’il n’y ait pas de guerre », répété à l’infini pour s’accommoder des difficultés du quotidien.

Les transformations profondes induites par la guerre – brassage des populations, transfert vers l’arrière des principales industries, mais aussi des universités et de la production culturelle – ont contribué à une forme d’homogénéisation de l’espace soviétique. La commémoration le 9 mai du « jour de la Victoire » réunit aujourd’hui encore, dans la plupart des ex-républiques soviétiques, plusieurs générations pour rendre hommage aux anciens combattants.

C’est précisément le caractère consensuel de la commémoration de la victoire, à défaut d’un consensus sur la guerre en elle-même, qui a conduit les autorités russes, plus encore depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, à fonder un récit national transcendant les différences ethniques, religieuses, politiques ou sociales de la nouvelle Fédération de Russie.

A défaut de se construire en tant qu’Etat-nation, comme ont pu le faire les autres républiques postsoviétiques, la Russie s’est construite en tant qu’héritière de l’Union soviétique victorieuse de 1945. Ce récit a évolué au fil du temps et s’est accompagné de nouvelles traditions, comme le ruban de Saint-Georges, hérité de la Russie tsariste et employé, depuis 2005, comme un symbole patriotique ; ou comme le « Régiment immortel », marche commémorative de la mémoire familiale, organisée d’abord par la société civile russe avant d’être reprise à son compte par l’Etat.

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via LeMonde

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