Michelle Bachelet va quitter son poste aux Nations unies


Michelle Bachelet, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, après s’être adressée à la presse lors de l’ouverture de la 50e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, à Genève, le 13 juin 2022.

Au sein des Nations unies, il existe une fonction encore plus exposée et plus frustrante que celle de secrétaire général, actuellement occupée par le diplomate portugais Antonio Guterres. Celle de haut-commissaire aux droits de l’homme : aucun titulaire du poste n’a jamais rempilé pour un second mandat depuis la création de cette fonction en 1993. Et la seule à avoir « prolongé » son mandat, la Sud-Africaine Navi Pillay, l’a fait en septembre 2012 pour deux ans seulement, à la demande express de l’Assemblée générale de l’ONU. La difficulté de ce poste tient à une équation que même les personnalités les plus prestigieuses ne parviennent pas à résoudre. Trouver une voie médiane entre le marteau des exigences démocratiques occidentales, de moins en moins convaincantes sur la scène internationale, et l’enclume des régimes autoritaires.

L’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, qui a elle-même subi le régime carcéral et les tortures du régime Pinochet dans son propre pays, pendant les années 1970, avait un peu vite été présentée comme le choix idéal pour (enfin) en remontrer aux dictateurs. C’était compter sans les pesanteurs inhérentes au système onusien, dont font partie ceux-là mêmes qu’il est censé tancer. En clair : comment dénoncer les abus systématiques des droits de l’homme perpétrés par la Chine, quand Pékin dispose d’un siège permanent au Conseil de sécurité, d’un droit de veto et infiltre de plus en plus les grandes agences onusiennes pour préempter toute critique à son égard ?

Aux prises de position tranchées, Michelle Bachelet a préféré le « dialogue ». Elle n’a pas enquêté – le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (OHCHR) n’en a pas le mandat stricto sensu – mais « échangé » avec les régimes liberticides. Jusqu’à la passivité ? C’est ce que lui reprochent les principales ONG, comme Human Rights Watch et Amnesty International, notamment au lendemain d’un récent voyage d’observation en Chine, le premier d’un haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU depuis 2005. Visite qui aura surtout permis au pouvoir de Xi Jinping de sauver la face sans grande difficulté, puisque Michelle Bachelet n’a rien vu, pas même au Xinjiang à propos duquel la communauté internationale s’inquiète du possible génocide commis envers les Ouïgours par Pékin. Soigneusement chorégraphiés, à l’abri des regards, les mouvements de la délégation onusienne ont accentué le malaise autour du Haut-Commissariat aux droits de l’homme. Au point que d’aucuns se demandaient ces dernières semaines comment Michelle Bachelet, dont le mandat s’achève fin août, justifierait l’envie éventuelle de rester en poste.

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via LeMonde

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