Migrants dans la Manche : à Calais, les sauveteurs voudraient que ce drame « éveille les consciences des gouvernants »

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Publié aujourd’hui à 10h33, mis à jour à 10h35

Ils se sont retrouvés vers midi, jeudi 25 novembre, dans le petit local de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM) de Calais (Pas-de-Calais), au lendemain du naufrage dans lequel 27 migrants au moins ont perdu la vie en essayant de rejoindre le Royaume-Uni à bord d’une embarcation pneumatique. Des sauveteurs bénévoles sont venus des SNSM de Dunkerque, Gravelines (Nord), Boulogne-sur-Mer ou Berck (Pas-de-Calais) soutenir leurs collègues qui, la veille, se sont évertués à récupérer des corps en mer, aux côtés de la marine nationale et de la gendarmerie maritime.

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Ils partagent un verre de soda ou de bière, et leurs expériences de sauveteurs confrontés à l’augmentation exponentielle, depuis 2018, des traversées du détroit du Pas-de-Calais. Ils évoquent les souvenirs de ces dizaines d’embarcations, souvent achetées une misère sur Internet, parfois rafistolées au ruban adhésif double face, et qu’ils ont vu naufrager.

« C’est choquant »

Dans l’après-midi du 24 novembre, le canot tous temps de Calais a été missionné par le centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (Cross). Régis Holy et Arnaud Lovergne font partie des quatre bénévoles de la ville qui ont participé aux recherches des migrants en mer, probablement victimes d’une avarie et d’un chavirage. Ils décrivent les fumigènes tirés dans l’eau par un hélicoptère pour signaler la présence des corps, formant une pluie de lumières dont ils n’ont pas tout de suite saisi le sens tragique.

Dans les locaux de la SNSM de Calais, le 25 novembre 2021. Les sauveteurs bénévoles Régis Holy (à droite) et Arnaud Lovergne (au fond à gauche) étaient sur le bateau qui est allé en mer pour repêcher les corps des migrants.

M. Holy, retraité de 65 ans, a dû saisir « à la main » plusieurs corps flottant dans leur gilet de sauvetage. « Ça a duré très, très longtemps. Le premier que j’ai trouvé, c’était une femme enceinte. » Le bénévole a voulu faire les choses « proprement et dignement » et il a recouvert le visage des hommes avec la capuche de leurs sweats. C’était la première fois qu’Arnaud Lovergne hissait des cadavres. « On est préparé à faire face », assure ce jeune Calaisien de 24 ans. Le président de la SNSM de Calais, Bernard Barron, est resté jusque tard dans la chambre mortuaire improvisée dans un hangar du port de la ville, avant l’arrivée des pompes funèbres. « C’est choquant, tous ces corps alignés. Mais c’est parfois plus choquant de voir un gosse qu’on a secouru grelotter. »

A proximité de Loon-Plage (Nord), un nouveau campement de migrants, le 25 novembre 2021.
Un jeune migrant dans un campement entre Calais et Marck (Pas-de-Calais), le 25 novembre 2021.

Le naufrage du 24 novembre, inédit par son ampleur, marque-t-il un moment charnière ? « On voudrait que ce drame éveille les consciences des gouvernants pour qu’ils agissent, apportent un peu d’humanité », dit M. Barron. Mais les sauveteurs se doutent que les traversées se poursuivront. Dès la matinée du 25 novembre, rapporte l’un d’eux, six canots pneumatiques ont été retrouvés sur les plages de Oye-Plage et Calais. Alors que la pluie tombe sur la ville et qu’un vent froid souffle, la vie dans les campements se poursuit, presque indifférente à la journée funeste de la veille. Sur le terrain boueux de l’un d’eux, des associations sont venues proposer des bornes de recharge de téléphones, distribuer un petit déjeuner, remplir une cuve d’eau potable. « Ce qui s’est passé est terrible, convient Antonin Rastier, 22 ans, qui a profité d’une année de césure dans ses études d’ingénieur pour s’engager auprès de l’association Calais Food Collective. Mais ici, c’est tous les jours terrible. »

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via LeMonde

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