Mondiaux d’athlétisme : le Kényan Ferdinand Omanyala, sprinteur en mission au pays des coureurs de fond


Le Kényan Ferdinand Omanyala, détenteur du record africain du 100 mètres, au stade Kasarani à Nairobi le 25 juin 2022.

En six ans d’une fulgurante ascension, il s’est fait un nom au pays où les coureurs de fond sont rois : Ferdinand Omanyala veut continuer à populariser le sprint au Kenya en brillant sur 100 mètres lors des Mondiaux 2022 qui débutent vendredi 15 juillet à Eugene, aux Etats-Unis.

L’athlète de 26 ans porte deux bracelets au poignet droit. L’un avec l’inscription 9.85, son meilleur temps de la saison réalisé début mai. Sur l’autre, on peut lire 9.77, le record d’Afrique qu’il a établi huit mois plus tôt, neuvième temps de l’histoire.

Ces six chiffres résument la dernière année du sprinteur kényan qui s’est révélé au plus haut niveau international, en attendant de briller lors des Mondiaux 2022 puis aux Jeux du Commonwealth.

« Je sens que je suis prêt », confiait-il le 30 juin à l’AFP, après une séance d’entraînement au stade Kasarani de la capitale kényane Nairobi : « Je suis un athlète qui court bien sous la pression (…). J’ai hâte de m’améliorer encore en Oregon, parce que tous les athlètes vont être là. »

« Créer l’événement »

Outre son modèle le Jamaïcain Yohan Blake, il y retrouvera surtout les Américains Fred Kerley et Trayvon Bromell, les deux seuls à avoir couru plus vite que lui cette saison (respectivement en 9 s 76 et 9 s 81) sur 100 mètres.

Six ans à peine après ses débuts en athlétisme, il est une chance de médailles inédite pour l’équipe du Kenya, habituée à rafler les titres dans les épreuves de fond et de demi-fond. Un podium sur la distance reine aux Mondiaux serait une performance historique pour un sprinteur africain, que même le Namibien Frankie Fredericks n’a jamais réalisée.

Avec son entraîneur Duncan Ayiemba, Ferdinand Omanyala veut changer le regard porté sur l’athlétisme kényan. « C’est quelque chose qu’on a construit ces dernières années (…). Je veux que le 100 mètres crée l’événement au Kenya cette année », lance Duncan Ayiemba, qui l’accompagne depuis ses débuts en 2016.

Troisième d’une fratrie de cinq enfants originaire de l’ouest du Kenya, Ferdinand Omanyala s’est tourné vers le sprint tardivement, à l’âge de 20 ans, après s’être illustré en rugby. « Quand j’ai commencé l’athlétisme, mon objectif était de montrer que les Kényans peuvent sprinter », affirme cet étudiant en chimie à l’université de Nairobi. Il savoure la nouvelle « Omanyala mania » au pays, où il est désormais connu sous son diminutif « Ferdi ».

Suspendu quatorze mois en 2017

« Dans un pays de fond et demi-fond, c’est un défi de réussir comme sprinteur », souligne-t-il. « Même la fédération, à un moment donné, ne croyait pas qu’il pouvait y avoir un sprinteur au Kenya. Il faut surmonter les obstacles pour percer. Je pense avoir ouvert la voie pour beaucoup d’autres qui viendront après moi, estime-t-il. L’une des choses que je veux faire, c’est de laisser un héritage (…). Je veux laisser derrière moi une filière du sprint au Kenya. »

Son ascension depuis un an a suscité l’étonnement, parfois même les soupçons envers un coureur qui a été suspendu quatorze mois en 2017 après un contrôle positif à la bétaméthasone, un corticoïde. Lui plaide l’erreur de jeunesse, après avoir pris sans vérifier un médicament prescrit par un médecin.

« J’avais un très gros problème de dos, ma jambe était engourdie. On est allé à l’hôpital et le médecin a prescrit [un médicament] qui s’est avéré être une substance interdite », raconte-t-il. « Ça a été quatorze mois compliqués (…). J’ai continué à m’entraîner durant ces quatorze mois, je ne me souviens pas d’un jour où je ne me sois pas entraîné. Ça ne faisait qu’un an que j’étais dans ce sport, j’avais envie de continuer. Cela m’a rendu plus fort », assure-t-il.

Cette suspension a failli le priver des Jeux olympiques de Tokyo en 2021. Finalement autorisé à concourir après un bras de fer avec sa fédération, il est devenu le premier Kényan à atteindre une demi-finale olympique du 100 mètres.

Aujourd’hui, il continue d’afficher son ambition sans s’embarrasser des critiques, avec en tête de briguer le record du monde (9 s 58) du Jamaïcain Usain Bolt d’ici à « moins de deux ans ». « J’ai le talent et je travaille dur. Je ne pense pas que ça va trop vite, c’est la volonté de Dieu », lâche-t-il, sans jamais se départir de son sourire : « A ceux qui en doutent, je suis là pour durer. »

Le Monde avec AFP

via LeMonde

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