Mort de Dom Phillips, le journaliste de la tragédie amazonienne


Le journaliste Dom Phillips (au centre) avec des indigènes de l’Etat de Roraima, le 15 novembre 2019.

« Amazonie, que tu es belle. » Ces mots sont les derniers écrits par Dom Phillips sur son compte Facebook, cinq jours avant sa disparition sur le rio Itaquai, dans le nord-est du Brésil, le dimanche 5 juin, alors qu’il voyageait avec l’indigéniste brésilien Bruno Araujo Pereira. La phrase en forme de confession amoureuse s’accompagne d’une vidéo où l’on voit une barque à moteur avançant sur l’eau avec en arrière-plan une longue bande de terre surmontée d’une forêt cathédrale. Après dix jours de recherches, des restes de son corps ont été déterrés à 3 kilomètres de la rivière. Ils ont été identifiés par la police fédérale le 17 juin. Dom Phillips avait 57 ans. Il venait de s’installer à Salvador de Bahia avec son épouse brésilienne, Alessandra Sampaio, après avoir vécu à Sao Paulo puis à Rio de Janeiro.

Evoquer Dom Phillips, qui fut journaliste au Guardian et au Washington Post, c’est rappeler les mots de Chamfort : « Pourquoi supposez-vous que j’en dis du bien, parce qu’il est mon ami ? Et pourquoi ne supposez-vous pas plutôt qu’il est mon ami, parce qu’il y a du bien à en dire ? » Dom, je l’ai côtoyé longtemps au Brésil, à l’époque de Dilma Rousseff, des mouvements sociaux et des crises politiques, la fin de l’âge d’or du PT, le Parti des travailleurs de Luiz Inacio Lula da Silva, dit « Lula ». Dom était un homme singulièrement attachant, d’une modestie rare, aussi, et d’une humanité qui forçait l’admiration. Doté d’un sens de l’humour au vitriol, débordant d’affection et de tendresse pour les siens, il s’intéressait à tout, avec, dans le travail, l’expression et l’exigence d’une très haute conscience professionnelle.

Avec lui, c’est un « fou du Brésil » qui disparaît, l’un de ceux qui avaient fait de ce pays-continent leur raison de vivre, leur passion. Le Brésil, Dom en connaissait les contours et les profondeurs pour l’avoir sillonné pendant près de quinze années. Des descentes brutales de police dans les favelas aux folles campagnes électorales, des procès en corruption aux procédures en destitution qu’il eut l’occasion de couvrir, il rendait compte avec justesse et rigueur. Sourire aux lèvres, bien décidé à ne jamais se prendre au sérieux, il accumulait notes, rencontres, histoires petites et grandes. Dom, c’était ça, un baladin du style et de la prose pour qui la politesse et la gentillesse se devaient d’accompagner le travail de terrain. Seul l’accent très british posé sur une langue brésilienne qu’il maîtrisait quasi parfaitement trahissait, non sans délices, une légère forme de retenue venue d’ailleurs.

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via LeMonde

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