Mort de Leonid Kravtchouk : « Ma plus grande erreur fut de croire en la Russie »


L’ancien président ukrainien Leonid Kravtchouk, à Kiev, le 22 janvier 2019.

L’Ukraine a perdu, mardi 10 mai, son premier président post-soviétique et ne sait pas comment lui rendre hommage. Le jeune et combatif président ukrainien Volodymyr Zelensky semble pris au dépourvu. Le décès de son prédécesseur Leonid Kravtchouk, à l’âge de 88 ans, alors que le pays fait face à un péril sans précédent depuis son indépendance, l’oblige à organiser des funérailles nationales et à concevoir un rituel, alors qu’aucune tradition n’existe. Le président a donc décidé, le 11 mai, de créer une commission dévolue à l’organisation des funérailles, qui inclut la moitié du cabinet ministériel et de nombreuses administrations locales comme nationales.

Leonid Kravtchouk a, lui, su improviser face à une série de bouleversements historiques. Cet homme au visage et à la voix ronds, au caractère paisible et prudent, a dirigé sans heurts la barque ukrainienne à travers l’imprévisible perestroïka, le choc du putsch de Moscou, en 1991, et la dislocation de l’URSS, qui fut sanglante dans la plupart des républiques socialistes.

Cela n’avait rien d’évident. Né le 10 janvier 1934, cet apparatchik conformiste se hisse, à la fin des années 1980, jusqu’à la fonction de chef du département idéologique et de secrétaire du Comité central du Parti communiste d’Ukraine. « Il aurait dû être ultra-conservateur, mais il est né dans l’ouest de l’Ukraine, dans une région qui était à l’époque sous contrôle polonais. Cette mentalité de l’Ouest a fortement influé sur lui », raconte au Monde Vadym Omelchenko, ambassadeur d’Ukraine en France, qui l’a connu personnellement.

Cosignataire de l’accord de Minsk

Lorsqu’il se fait élire premier président d’Ukraine, le 1er décembre 1991, Leonid Kravtchouk remporte une très large majorité des suffrages à l’exception de trois régions de l’ouest du pays, où il est devancé par son rival, l’ancien dissident nationaliste Viatcheslav Tchornovil. Ce dernier raille alors son opportunisme : « Nos programmes ne diffèrent presque en rien, sauf que le mien a trente ans tandis que le sien a trois mois. »

Quand Leonid Kravtchouk échoue à se faire réélire, en 1994, affaibli par une série de privatisations calamiteuses, ce sont cette fois les régions de l’ouest qui votent en majorité pour lui. Le centre et l’est de l’Ukraine votent majoritairement pour Leonid Koutchma, qui prône un réalignement avec Moscou pour sortir le pays de l’effondrement économique.

Leonid Kravtchouk restera dans l’histoire mondiale comme le cosignataire, le 8 décembre 1991, avec ses deux homologues, le Russe Boris Eltsine et le Biélorusse Stanislav Chouchkevitch, de l’accord de Minsk, qui entérine la dislocation de l’Union soviétique. Mikhaïl Gorbatchev, son dernier dirigeant, est contraint de démissionner peu après. Curieusement, le décès de Leonid Kravtchouk suit d’à peine une semaine celui de Stanislav Chouchkevitch, décédé quasiment au même âge. Au moment où la Russie s’évertue par la force à retrouver les frontières occidentales de l’URSS, et envahit l’Ukraine en se servant du territoire biélorusse comme d’un marchepied.

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via LeMonde

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