Moscou menace de bloquer YouTube pour avoir suspendu RT en allemand

C’est une erreur « 404 Not Found » : depuis mardi après-midi, les pages YouTube de RT Deutsch et Der Fehlende Part sont inaccessibles à ses quelque 600 000 abonnés. Ce qui a poussé, le Kremlin à réagir, mercredi 29 septembre et à dénoncer une « censure ».

YouTube, le site de vidéos de Google, a bloqué les chaînes de RT Deutsch et Der Fehlende Part parce qu’elles sont accusées d’avoir diffusé de « fausses informations » sur le coronavirus. Et parce que RT DE a voulu, par l’intermédiaire de sa chaîne Der Fehlende Part, contourner l’interdiction de diffuser de nouvelles vidéos pendant une semaine après la mesure restrictive visant RT. De son côté, RT estime que la suspension initiale, qui devait être levée mercredi, visait à handicaper son fonctionnement à l’approche des législatives en Alemagne le 26 septembre.

« YouTube a toujours eu des directives claires pour la communauté, qui décrivent ce qui est autorisé sur la plate-forme », a expliqué YouTube dans un communiqué, cité par Süddeutsche Zeitung, rappelant les entorses commises par RT DE.

De son côté, Margarita Simonian, la rédactrice en chef des médias d’Etat russes Rossia Segodnia, RT et Sputnik, a évoqué la « guerre médiatique déclarée par l’Etat allemand à l’Etat russe », rapporte le journal Novaïa Gazeta. Sur Twitter, elle a appelé les autorités de la Fédération de Russie à « fermer les bureaux d’ARD et de ZDF » et à « interdire Deutsche Welle et d’autres médias allemands en Russie ».

Moscou menace YouTube de riposter

Mercredi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a émis des menaces à peine voilées : « Il y a des signes témoignant que les lois russes ont été violées et qu’elles ont été violées de manière grossière, c’est lié à la censure et à des entraves à la diffusion d’informations », a-t-il déclaré, prônant une « tolérance zéro face à de telles violations ».

C’est « un acte d’agression d’information sans précédent de la part de YouTube », avait réagi le ministère des affaires étrangères de la Fédération de Russie dans un communiqué diffusé dans la nuit de mardi à mercredi, accusant les autorités allemandes d’avoir « évidemment encouragé [cette décision], voire insisté [pour qu’elle soit prise] ».

« L’objectif de cette agression envers les projets de la holding russe est évident : faire taire les sources d’information ne s’inscrivant pas dans un cadre médiatique confortable » pour les autorités en Allemagne, a assuré la diplomatie russe, qui y voit « la poursuite d’une guerre d’information contre la Russie ». Dans ce contexte, « la prise des mesures de représailles symétriques à l’encontre des médias allemands en Russie (…) semble non seulement appropriée, mais aussi nécessaire ».

L’autorité des télécommunications Roskomnadzor a annoncé avoir demandé à Google, maison mère de YouTube, « de lever dans les plus brefs délais les limites imposées aux chaînes YouTube RT DE et Der Fehlende Part ». « La législation prévoit une suspension totale ou partielle d’accès si le propriétaire d’une plate-forme n’exécute pas un avertissement de Roskomnadzor », fait-elle savoir.

Contrôle par l’Etat des réseaux sociaux

Depuis plusieurs mois, la Russie multiplie les offensives contre les grands réseaux sociaux et plates-formes digitales, les accusant d’être à la solde d’intérêts occidentaux. Elle a forcé Google et Apple à bloquer juste avant les législatives russes du 19 septembre des contenus liés à l’opposant incarcéré et bête noire du Kremlin, Alexeï Navalny, un acte que l’intéressé avait qualifié de « complicité » avec la censure de Vladimir Poutine. Des sources au sein des entreprises ont confirmé avoir cédé, car leurs employés en Russie risquaient d’être arrêtés. Accusé de ne pas avoir retiré des contenus illégaux, Twitter est ralenti en Russie depuis mars, rendant le téléchargement des photos, vidéos et autres GIF très lent.

A la fin de janvier, le président Poutine avait jugé que les entreprises majeures du secteur de l’Internet étaient « en concurrence » avec les Etats. Il dénonçait leurs « tentatives de contrôler brutalement la société ». Depuis 2019, la Russie s’est dotée d’une loi pour le développement d’un Internet souverain. Les autorités démentent vouloir bâtir un réseau national sous contrôle, comme c’est le cas en Chine, mais c’est exactement ce que craignent organisations non gouvernementales et opposants. Les réseaux sociaux sont, en outre, déjà obligés de stocker sur le territoire de la Russie les données de leurs utilisateurs russes. Enfin, les géants du numérique devront sous peu ouvrir des représentations officielles qui seront responsables de « toute infraction au droit russe ».

Lutte contre l’influence russe

Les Occidentaux estiment, quant à eux, que la Russie pilote sur les réseaux sociaux des campagnes de désinformation ou d’influence dans l’objectif de semer la discorde dans leurs sociétés ou à des fins d’ingérence électorale, comme lors de la présidentielle de 2016 aux Etats-Unis.

De son côté, RT, qui émet notamment aussi en anglais, en français et en espagnol, est considéré comme faisant partie des efforts de propagande déployés par le Kremlin à l’international. En août, le Luxembourg a refusé d’accorder une licence à RT afin de lui permettre de diffuser en langue allemande depuis ce pays, ont annoncé les autorités.

La chaîne RT avait fait une demande de licence de diffusion par satellite au Luxembourg en juin, afin de contourner la législation allemande interdisant l’octroi d’une licence audiovisuelle aux médias étrangers possédés par un Etat.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi SputnikNews et RT, instruments d’influence de la Russie en France

Le Monde avec AFP

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess