Nancy Pelosi a « le droit de visiter Taïwan », affirme Washington, la Chine « semble se positionner » pour des manœuvres militaires


Nancy Pelosi au cours d’une conférence de presse à Washington, le 29 juillet 2022.

La présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, Nancy Pelosi, a entamé lundi 1er juillet une tournée asiatique à Singapour. Les tensions entre les Etats-Unis et la Chine se sont récemment intensifiées au sujet de la potentielle visite de Mme Pelosi à Taïwan, qui n’a pas été confirmée mais qui est annoncée dans les jours à venir par des médias américains. Plusieurs médias taïwanais et étrangers ont confirmé lundi ce déplacement et le Financial Times a même écrit qu’elle rencontrerait la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, à Taipei mercredi.

Nancy Pelosi « a le droit de visiter Taïwan », a défendu lundi le porte-parole de la Maison Blanche pour les questions stratégiques, John Kirby. « Il n’y a pas de raison pour que Pékin fasse de cette visite, qui ne déroge pas à la doctrine américaine de longue date, une forme de crise », a-t-il ajouté, sur fond d’accroissement des tensions américano-chinoises autour du sort de Taïwan.

La Chine « ne restera pas assise sans rien faire »

La Chine « semble se positionner afin de faire potentiellement un pas de plus dans les prochains jours », a poursuivi M. Kirby : cela « pourrait inclure des provocations militaires comme des tirs de missiles dans le détroit de Taïwan ou autour de Taïwan » ou encore « d’importantes incursions aériennes » dans la zone d’identification de défense aérienne de cette île.

Certaines de ces mesures pourraient se conformer à « l’inquiétante tendance » de la Chine à manœuvrer autour de l’île, mais d’autres « pourraient être d’une autre échelle », a estimé M. Kirby, qui a précisé que les derniers tirs chinois de missiles dans le détroit de Taïwan remontent aux années 1990.

« Si la présidente de la Chambre des représentants (…) se rend à Taïwan, la Chine prendra assurément des contre-mesures fermes et énergiques afin de sauvegarder sa souveraineté et son intégrité territoriale », avait averti plus tôt un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian. L’armée chinoise « ne restera pas assise sans rien faire », a-t-il souligné.

La présidente de la Chambre « va décider elle-même d’une visite, ou non, à Taïwan », a déclaré de son côté le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, depuis les Nations unies, à New York, notant que le Congrès américain est doté d’un pouvoir indépendant, au même titre que l’exécutif. « Cette décision est la sienne », a-t-il ajouté. Selon M. Kirby, les Etats-Unis « ne seront pas intimidés » et poursuivront quoi qu’il en soit leurs actions dans la région Asie-Pacifique, ajoutant que la position de Washington sur Taïwan n’avait pas changé.

Lundi, pour appuyer leur message, les militaires chinois ont diffusé sur Internet une vidéo au ton martial, montrant des soldats criant qu’ils sont prêts au combat, des chasseurs en train de décoller, des parachutistes sauter d’un avion ou encore une pluie de missiles qui anéantissent diverses cibles. « Tout ennemi qui osera nous envahir sera enterré ici », précise un très court texte accompagnant ces images, qui ne mentionne toutefois explicitement ni Taïwan ni Nancy Pelosi.

Diplomatie dite d’« ambiguïté stratégique »

Nancy Pelosi et le premier ministre de Singapour, Lee Hsien Loong, au palais présidentiel, le 1er août 2022.

Dans ce contexte, à Singapour, le premier ministre, Lee Hsien Loong, a appelé Mme Pelosi à œuvrer à des relations « stables » avec Pékin. La présidente de la Chambre des représentants avait annoncé dimanche conduire « une délégation du Congrès dans la région Indo-Pacifique pour réaffirmer l’engagement inébranlable de l’Amérique envers ses alliés et amis dans la région ».

« A Singapour, en Malaisie, en Corée du Sud et au Japon, nous aurons des réunions de haut niveau pour discuter de la manière dont nous pouvons promouvoir nos valeurs et nos intérêts communs », avait-elle ajouté, sans mentionner Taïwan dans son itinéraire. Des délégations de responsables américains se rendent fréquemment dans cette île pour lui exprimer leur appui.

Mais une visite de Mme Pelosi serait sans précédent depuis celle de son prédécesseur Newt Gingrich en 1997. Les Etats-Unis pratiquent à l’égard de Taïwan une diplomatie dite d’« ambiguïté stratégique », consistant à ne reconnaître qu’un seul gouvernement chinois, celui de Pékin, tout en continuant à apporter un soutien décisif à Taipei mais en s’abstenant de dire s’ils défendraient ou non militairement ce territoire en cas d’invasion.

Exercices militaires américain, taïwanais et chinois

Un déplacement à Taïwan de Mme Pelosi, une figure centrale de la majorité démocrate de Joe Biden, compliquerait en tout cas singulièrement la tâche de la diplomatie américaine, qui s’efforce de ne pas détériorer les relations avec la Chine. La semaine dernière, à l’occasion d’un entretien téléphonique avec le président américain, son homologue chinois, Xi Jinping, avait appelé les Etats-Unis à ne « pas jouer avec le feu ».

Lundi, 4 000 soldats américains et indonésiens ont entamé d’importantes manœuvres militaires, mais Washington a assuré qu’elles ne visaient aucun pays. L’armée taïwanaise a effectué, la semaine dernière, ses plus importants exercices militaires annuels, qui comprenaient des simulations d’interception d’attaques chinoises.

Samedi, en guise de réponse, la Chine a organisé un exercice militaire « à munitions réelles » dans le détroit de Taïwan – très près cependant des côtes chinoises. A Taïwan, les avis sont partagés sur la perspective d’une visite de Mme Pelosi, mais des personnalités du parti au pouvoir et de l’opposition ont déclaré que l’île ne devait pas céder à la pression chinoise.

Le Monde avec AFP

via LeMonde

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