Naufrage de migrants dans la Manche : les accords du Touquet au cœur des critiques

Calais, le 25 novembre 2021. Campement de migrants entre Calais et Marck.

Haro sur les accords du Touquet. A la suite du naufrage d’une embarcation dans la Manche qui a causé la mort de 27 personnes, mercredi 24 novembre, de nombreux responsables politiques et d’associations demandent la renégociation de ce traité signé en 2003 entre la France et le Royaume-Uni.

La signature de ces accords, survenue après la fermeture du centre de Sangatte en 2002, a permis de faciliter les contrôles frontaliers dans les ports de la Manche et de la mer du Nord, mais crée surtout un cadre juridique afin qu’agents français et britanniques puissent effectuer des contrôles dans les deux pays indifféremment. En contrepartie, Londres finance une partie de ces contrôles et la sécurisation des sites dans le Calaisis. En 2018, les deux pays avaient signé le traité de Sandhurst contraignant Londres à augmenter de 50 millions d’euros sa contribution à la sécurité de la frontière à Calais.

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Mais pour plusieurs responsables politiques et associations, ces accords sont devenus inefficaces et obsolètes depuis l’arrivée de milliers de migrants dans le nord de la France souhaitant rejoindre la Grande-Bretagne, mais également depuis la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE). Avant que Londres ne quitte l’UE, le règlement de Dublin – qui prévoit que l’examen d’une demande d’asile se fasse dans un seul Etat membre, le plus souvent celui d’entrée sur le continent – pouvait justifier le « niet » du Royaume-Uni aux migrants de Calais. Désormais, le Royaume-Uni est un Etat tiers et le règlement de Dublin ne s’applique plus.

« Gardes-barrières »

« Je dénoncerai les accords du Touquet », a ainsi affirmé Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise à l’élection présidentielle, jeudi 25 novembre, sur BFM-TV. « Nous n’avons pas vocation à être les gardes-barrières de l’Angleterre, à persécuter les gens ni à les pousser à des actes déraisonnables pour traverser, a-t-il expliqué. Où veulent aller les gens : en Angleterre. Eh bien ils iront en Angleterre. » Le député des Bouches-du-Rhône souhaite plutôt « créer un couloir humanitaire pour que tous ceux qui veulent aller en Angleterre puissent le faire. On aidera les gens à traverser ».

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Pour le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts, Julien Bayou, il faut aussi « dénoncer ces accords du Tourquet », qui font des forces de l’ordre française « les gardes-frontières pour le Royaume-Uni », a-t-il regretté vendredi matin sur Europe 1. A la place, « il faut organiser des voies sûres de passage » pour permettre aux migrants de déposer leur demande d’asile au Royaume-Uni, estime-t-il. « Qu’est-ce que cela dit de notre société quand le gouvernement donne l’ordre aux forces de l’ordre de harceler les migrants, d’empêcher les associations de leur donner à manger, de donner l’ordre à nos forces de l’ordre de mettre des coups de couteau dans les tentes pour que ces personnes ne puissent trouver refuge ? », s’interroge-t-il.

« On a un président de la République qui a dit il y a quelques années qu’il voulait renégocier les accords du Touquet. Rien n’a été fait et aujourd’hui c’est un concert d’hypocrisie, a pour sa part déplorer jeudi le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, sur Franceinfo. Il faut faire en sorte que les demandes d’immigration vers la Grande-Bretagne puissent être faites dans de bonnes conditions pour éviter ces drames. »

Unanimité à droite

A droite aussi, les candidats à l’investiture du parti Les Républicains réclament une renégociation avec le gouvernement britannique de ces accords du Touquet. « Je veux remettre en cause les accords, je veux les dénoncer, expliquait ainsi Xavier Bertrand, le 9 novembre sur Europe 1. Pour que l’application de ces accords se fasse, il faut deux années. Deux années pendant lesquelles les Britanniques vont être obligés de revenir à la table des négociations. Je demande cela depuis des années. » Dans une interview au Figaro, le directeur de campagne de Valérie Pécresse, Patrick Stefanini, estime également qu’il faut « renégocier les accords du Touquet et exiger du Royaume-Uni qu’il finance la sécurité du tunnel sous la Manche, la sécurité des ports, et principalement celui de Calais, mais aussi qu’il finance la surveillance de nos côtes ».

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L’auteur de l’ouvrage Immigration : ces réalités qu’on nous cache (Robert Laffont) propose également de « se poser la question » sur la mise en place en France par les Britanniques « de bureaux d’immigration et d’asile qui leur permettraient de faire le tri entre les migrants ayant de la famille aux Royaume-Uni, ceux dont la demande d’asile est fondée, et les autres ». « L’installation de ces bureaux permettrait d’organiser un flux d’immigration légale », estime-t-il.

De leur côté les associations plaident également pour une renégociation des accords du Touquet. « Il faut remettre en cause ces accords du Touquet [entrés en vigueur en 2004] et de Sandhurst [2018] qui placent la frontière britannique côté français, à Calais, souhaite le responsable du pôle migration du Secours catholique, Laurent Giovannoni, dans une interview à l’Agence France-Presse (AFP). Nous devons renégocier d’abord en bilatéral avec le Royaume-Uni, puis, si nécessaire, avec quelques partenaires et Etats concernés, comme la Belgique, sans nécessairement passer par l’UE. »

Dans une tribune au Monde, le président de France terre d’asile, Thierry Le Roy, regrette que « les gouvernements des deux pays, France et Royaume-Uni, qui ont créé cette situation par leurs accords de Sangatte et du Touquet, la maintiennent en dépit de ces critiques, et des conditions de vie à Calais, pour les migrants mais aussi pour les habitants ». « Ils la maintiennent jusqu’à présent, notamment au motif que l’ouverture officielle d’une voie d’accès à l’asile au Royaume-Uni à la frontière britannique créerait un “appel d’air” pour les migrants et demandeurs d’asile en errance en Europe et en France », poursuit-il dans son texte.

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A l’heure actuelle, le gouvernement français ne compte pas engager de discussions avec Londres pour revenir sur ces accords. « On peut se poser toutes les questions sur les accords, vous ne pourrez jamais changer ni la géographie, ni les équilibres géopolitiques, ni le désir de migrants qui ont envie de se rendre en Grande-Bretagne », a ainsi déclaré le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, vendredi matin sur BFM-TV.

Le Monde avec AFP

via LeMonde

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