Naufrage de migrants dans la Manche : les accords du Touquet au cœur du drame

Analyse. La tragédie qui, mercredi 24 novembre, a conduit à la mort par noyade dans la Manche d’au moins 27 migrants, majoritairement des Kurdes d’Irak ou d’Iran, rappelle cruellement que des milliers de personnes essaient, au péril de leur vie, de traverser ce bras de mer pour rejoindre le Royaume-Uni. Qu’importe si les barrières sont toujours plus nombreuses à défigurer Calais (Pas-de-Calais), son port et les abords du tunnel sous la Manche. C’est désormais sur des canots pneumatiques de fortune que les migrants tentent de s’élancer vers le Royaume-Uni depuis le littoral français.

Ce phénomène dit des small boats illustre, outre la détermination extrême des personnes, l’échec de la gestion de la frontière franco-britannique. Face aux chiffres toujours plus grands de traversées – 26 000 depuis le début de l’année, trois fois plus qu’en 2020 –, la réponse des ministres de l’intérieur français et britannique est sécuritaire. Quelques jours avant le drame, Gérald Darmanin et Priti Patel ont annoncé avoir convenu de « solutions techniques supplémentaires » pour combattre les passeurs. Ils comptent sur « l’utilisation de nouvelles technologies » pour étanchéifier la frontière. A aucun endroit le compte rendu de leurs échanges n’aborde la question de l’asile. « Notre réponse structurelle, c’est de casser les réseaux de passeurs », confirme le ministère français de l’intérieur.

Lire le récit : Article réservé à nos abonnés Après la mort de 27 migrants dans un naufrage au large de Calais, la colère des associations

Pourtant, selon une étude de l’ONG britannique Refugee Council, 98 % des personnes qui ont réussi à atteindre le Royaume-Uni en small boat depuis 2020 ont demandé l’asile. En raison des pays d’origine de la majorité de ces demandeurs – Iran, Irak, Soudan, Syrie, Vietnam, Erythrée, Afghanistan –, les chances sont grandes que Londres leur accorde une protection internationale. En 2020 et 2021, le taux de protection en première instance des Iraniens était de 67 %, de 28 % pour les Irakiens, de 70 % pour les Soudanais, de 88 % pour les Syriens.

Le « niet » du Royaume-Uni

Le small boat est devenu la principale voie d’entrée des demandeurs d’asile au Royaume-Uni. Comme elle se substitue en partie à d’autres voies désormais taries (avions, camions), la demande d’asile demeure faible dans le pays. D’après le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, si l’on additionne les demandes enregistrées en Europe et au Royaume-Uni en 2020, ce dernier n’était destinataire que de 7 % d’entre elles avec 36 000 demandes, ce qui le place en cinquième position. Si on rapporte ces demandes à la population des pays, il recule alors au 17e rang.

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via LeMonde

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