Naufrage du « Bugaled-Breizh » : la Royal Navy rejette toute responsabilité

L'épave du chalutier breton « Bugaled-Breizh », sur une barge tirée par un remorqueur, en direction du port de Brest, le 13 juillet 2004.

Les familles des victimes crient au mensonge : le commandant d’un sous-marin britannique de la Royal Navy suspecté d’avoir provoqué le naufrage meurtrier du chalutier breton Bugaled-Breizh a rejeté, mardi 12 octobre, toute responsabilité dans ce drame qui demeure inexpliqué.

Avec le témoignage très attendu de l’ancien commandant du sous-marin Turbulent devant la Haute Cour de Londres, Andrew Coles, les familles des cinq marins tués dans le naufrage espéraient approcher de la vérité, et enfin découvrir ce qui s’est passé le 15 janvier 2004, quand leurs proches ont été emportés par le fond.

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Depuis le début, elles pensent que le chalutier qui pêchait au large des Cornouailles (sud-ouest de l’Angleterre) a été coulé par un sous-marin qui se serait pris dans ses filets. Mais interrogé durant une heure environ, Andrew Coles, qui n’est plus dans la Royal Navy, a nié toute implication de son sous-marin nucléaire d’attaque.

« Nous étions à quai »

« Nous n’étions absolument pas impliqués. Nous étions à quai » à Devonport (sud-ouest de l’Angleterre) « le 15 » janvier 2004, a-t-il affirmé. Selon lui, le Turbulent devait prendre part à des exercices de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) prévus dans la zone à partir du 16 janvier, mais n’a pu le faire en raison d’une avarie. Le sous-marin, qui était stationné pour maintenance depuis le mois de novembre précédent, n’a repris sa navigation que le 19 janvier 2004.

A la sortie de l’audience, ce témoignage a été sérieusement mis en doute par les familles des victimes. « Cela ne tient pas debout. Il y a encore plein d’éléments qui ne sont pas éclaircis, a regretté Thierry Lemétayer, le fils d’une victime, devant la presse. C’est là qu’on voit que la justice n’avance pas. »

« Il n’y a eu aucun moment de vérité », a dénoncé son avocat, Dominique Tricaud. « Ce n’est pas aujourd’hui qu’il a choisi de faire la paix avec sa conscience, a-t-il ajouté à propos de M. Coles, le fait que le Bugaled-Breizh a été coulé par un sous-marin est une certitude acquise par tous les gens sérieux. »

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L’avocat a rappelé que c’était Andrew Coles qui était aux commandes d’un autre sous-marin, Astute, lorsqu’il s’était échoué en Ecosse en 2010, peu après l’entrée en service du submersible nucléaire qui faisait la fierté de la Navy. Andrew Coles a aussi évoqué une rencontre avec Thierry Lemétayer il y a plusieurs années lors de la projection d’un documentaire sur l’affaire dans une ville des Cornouailles.

« J’ai fait de mon mieux avec mon très mauvais français pour l’assurer que je n’avais rien à voir là-dedans », s’est-il souvenu. « J’ai pu faire allusion au fait que si un sous-marin l’avait accroché, cela aurait pu être une cause, mais pas que c’était le cas », a-t-il ajouté. A la fin de l’audience, l’ancien commandant a serré la main de M. Lemétayer, se disant « désolé » et espérant qu’il trouverait des « réponses ».

« On a deux marines qui mentent »

Plus tôt mardi, deux autres haut gradés de la Royal Navy avaient assuré que le Turbulent était à quai le jour du naufrage. Communications officielles à l’appui, l’un d’eux, le commandant Daniel Simmonds, un responsable des opérations sous-marines de la Marine, a répété que seuls trois sous-marins se trouvaient en mer quand le Bugaled-Breizh a sombré, et aucun à proximité immédiate. Il a aussi jugé « impensable » qu’un sous-marin militaire allié ait pu se trouver dans la zone assignée aux exercices de l’OTAN sans avoir signalé sa présence.

Quand la piste d’un sous-marin de l’US Navy avait été évoquée en 2016, les Etats-Unis avaient réfuté. Tout aussi « impensable », selon l’officier, serait de falsifier le journal de bord d’un sous-marin ou les documents relatifs à ses mouvements : cela constituerait un « manquement grave » de nature à « éroder la confiance » entre pays alliés. Des exercices de la marine britannique étaient aussi programmés le jour du drame – sans sous-marins, selon Daniel Simmonds.

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En France, une longue procédure judiciaire, clôturée en 2016, n’avait pu trancher entre l’hypothèse d’un sous-marin et celle d’un accident de pêche. Interrogée lundi, la marine néerlandaise avait exclu toute implication du sous-marin Dolfijn, assurant qu’il naviguait en surface quand l’accident est survenu. « On a deux marines qui mentent, on a deux gouvernements qui mentent », a déploré Dominique Tricaud.

Le Monde avec AFP

via LeMonde

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