« Non, jamais je ne reviendrai dans l’Afghanistan des talibans ! »

Par Bruno Philip

Publié aujourd’hui à 01h33

Le sourire un peu timide qui fait saillir les hautes pommettes sous le parfait ovale de ses yeux n’empêche pas Sitara Mehiri, 21 ans, Afghane et professeure de français, d’afficher une détermination d’acier lorsque l’on s’avance à lui demander si, un jour, elle pourrait envisager de revenir dans un Afghanistan « talibanisé » : « Non, oh non !, dit-elle, non, jamais je n’y retournerai tant que les talibans seront au pouvoir. »

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Sitara, qui a étudié le français à l’université de Kaboul, incarne une génération de très jeunes femmes n’ayant jamais connu l’Afghanistan sous les talibans – au pouvoir une première fois entre 1996 et 2001. Et pour cause, elle n’était pas née. Marcher seule dans la rue, léger voile cachant à peine la chevelure, sortir entre amis de la fac, tout cela a toujours été pour elle comme une évidence. « J’ai trop peur d’y revenir car, d’abord, je suis hazara [une minorité ethnique turco-mongole, de langue persane et de confession chiite de longue date persécutée par les talibans ], ensuite, parce que je ne me vois pas être confinée à la maison ou ne pas pouvoir sortir accompagnée d’un homme comme l’imposent les talibans. » Pense-t-elle qu’ils puissent changer ? « Non, je ne crois pas. »

« Aller en France »

En mars, cinq mois avant que Kaboul ne chute aux mains des « étudiants en religion », (Taleban), Sitara et sa famille – outre ses parents, quatre sœurs, deux frères et la grand-mère paternelle – sont partis. La victoire des extrémistes semblait déjà inéluctable. Ils ont obtenu un visa pour le Tadjikistan, acheté un billet d’avion et se sont envolés pour Douchanbé.

Sitara Mehiri avec sa sœur Afifa, à Vahdat, au Tadjikistan, le 26 septembre 2021.
Maison typique de Vahdat, au Tadjikistan, le 26 septembre 2021.

Depuis, ils vivent à Vahdat, une ville proche de la capitale, où végètent la plupart de la douzaine de milliers de réfugiés afghans au Tadjikistan, certains depuis des années, beaucoup depuis des mois. « Nous survivons grâce à nos économies, mais combien de temps allons-nous pouvoir tenir ? », se demande anxieusement la jeune fille. A côté d’elle, toute la famille est assise sur les tapis de l’appartement loué à leur arrivée. Le père, commerçant aisé de Kaboul, opine du chef : « Mon épicerie continue de fonctionner mais je reçois de l’argent cash seulement quand des gens m’en apportent depuis l’Afghanistan. »

Sitara a trouvé un travail comme professeure de français dans un centre d’apprentissage de langue. Mais c’est une occupation bénévole qu’elle fait pour se rendre utile. Son rêve ? « Aller en France, car j’aime votre langue et votre pays, depuis toute jeune. » Elle n’y a bien entendu jamais mis les pieds, mais c’est là où elle espère que son destin tourmenté l’emportera. Il y a quelques semaines, la jeune femme a envoyé une demande d’asile à l’ambassade de France à Douchanbé. Elle attend la réponse.

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via LeMonde

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