Nucléaire civil : « Alors que se dessine un nouveau duopole russo-chinois, que fait l’Europe ? »

Tribune. La Pologne et les Etats-Unis ont signé, le 19 novembre 2020, un accord intergouvernemental pour le développement de la technologie électronucléaire sur une durée d’une trentaine d’années, marquant à la fois le retour de Washington comme un acteur de poids sur la scène du nucléaire civil et manifestant la volonté ferme de Varsovie d’opérer un virage énergétique ambitieux.

Avec cet accord, la Pologne rejoint le club des pays européens ouvertement en faveur du développement de l’électricité nucléaire – dans l’optique à la fois de sécurité énergétique comme d’atteinte des objectifs climatiques – aux côtés de la Hongrie, de la Bulgarie, de la Finlande, du Royaume-Uni, de la République tchèque, de la Roumanie et de la Slovaquie. Cette volonté s’ajoute à celle de nombreux pays, notamment émergents, qui prennent acte de la nécessité – reconnue par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, comme par l’Agence internationale de l’énergie – d’augmenter fortement la part du nucléaire dans les mix énergétiques.

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Or, il ne faut pas s’y tromper, le nucléaire est une énergie de temps long. Comme le faisait remarquer le directeur général de Toshiba-Westinghouse, lors de la mise sous une procédure de faillite contrôlée dite « chapitre 11 » de son entreprise, le nucléaire nécessite un soutien économique et politique de long terme que seules les autorités publiques sont à même de fournir. Ce n’est ainsi pas un hasard de constater aujourd’hui que se dessine un nouveau duopole russo-chinois, les deux pays affichant une grande proximité de l’Etat et des entreprises.

Les avancées de la Russie, de la Chine, des Etats-Unis

La Russie n’a ainsi pas cessé de porter le nucléaire civil, y compris dans une époque post-Tchernobyl où bien peu de personnes croyaient en la technologie post-soviétique. Grâce à un travail de fond conduit à la fois sur le couple sûreté-sécurité mais aussi sur la réforme profonde du secteur, Moscou a su se positionner comme le champion du secteur sur le plan mondial, dont témoignent les succès exports récents (Inde, Turquie, etc.).

De son côté, Pékin a multiplié pendant des décennies les coopérations technologiques, avec la France puis les Etats-Unis, afin d’opérer un rattrapage technique de manière accélérée, aboutissant à la mise au point puis à la rationalisation de design de réacteurs nationaux. Même s’il faut reconnaître dans ceux-ci un fort héritage technologique franco-américain, il est indéniable que la Chine dispose aujourd’hui de sa propre technologie, qu’elle ambitionne maintenant d’exporter sous la forme du réacteur Hualong One.

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via LeMonde

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