« Obsédée par la Chine, la diplomatie américaine se trouve contrainte d’opérer un retour en Europe dont elle croyait pouvoir se passer »

S’il y a une chose qu’il n’aime pas, c’est qu’on l’oublie. A sa manière, le président russe, Vladimir Poutine, s’est rappelé, ces dernières semaines, au bon souvenir de la première puissance mondiale, qui a si peur de perdre ce statut qu’elle n’a d’yeux que pour la Chine, sa nouvelle rivale. Barack Obama avait commis l’erreur, en 2014, de traiter la Russie de « puissance régionale » ; M. Poutine s’était alors offusqué de ce « manque de respect ». Depuis, il s’emploie à prouver aux dirigeants américains que son pays, même rétréci, est resté un acteur mondial.

Ce « respect », dans l’esprit du maître de Kremlin, se manifeste notamment par des rencontres au sommet, comme au temps où les deux superpuissances étaient l’américaine et la soviétique. Au fil des deux décennies de règne de Vladimir Poutine, une méthode s’est dessinée : si ce sommet tarde à venir, il est toujours possible de le provoquer. Ainsi, en septembre 2015, le président russe, paria depuis l’annexion de la Crimée en 2014, envoie ses premiers chasseurs Soukhoï dans le ciel syrien, signe précurseur de l’intervention russe pour soutenir le régime Assad. Le 28 septembre, il obtient une rencontre avec le président Obama, la première en deux ans.

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Avec Donald Trump, les choses seront plus faciles. Mais, à l’arrivée de Joe Biden, Poutine sait qu’il ne pourra plus compter sur la même complaisance. De fait, le 22 mars, Moscou fait savoir que la Maison Blanche a rejeté une offre de sommet virtuel. Début avril, Kiev et les services de renseignement occidentaux observent une impressionnante concentration de forces russes le long de la frontière ukrainienne et s’interrogent sur les intentions du Kremlin. Le résultat ne se fait pas attendre : le 13 avril, Biden propose un sommet au président russe. Il aura lieu le 16 juin, à Genève. Entre-temps, les troupes russes à la frontière ont été retirées.

Un calcul un peu optimiste

Ce mois de juin 2021 est une étape importante dans la mise en place de la politique étrangère de l’équipe Biden. Au G7 de Carbis Bay, au Royaume-Uni, puis au sommet de l’OTAN, le nouveau président américain renoue avec les alliés occidentaux et remet sur pied une relation transatlantique très abîmée par les années Trump. Plus discrètement – Paris ne l’apprendra, douloureusement, qu’à la mi-septembre –, il scelle un pacte de défense avec l’Australie et le Royaume-Uni, l’Aukus, qui préfigure la nouvelle architecture de sécurité de l’Indo-Pacifique, pour faire face à la menace chinoise. Enfin, avec Poutine à Genève, il pense avoir établi une compréhension mutuelle des lignes rouges respectives. Joe Biden repart à Washington avec le sentiment du devoir accompli : la question européenne est réglée. Il lui reste à boucler le retrait d’Afghanistan et, après cela, plus rien ne viendra le distraire de l’objectif chinois.

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via LeMonde

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