« On a été les traducteurs de l’Ukraine pour le reste du monde » : à Kiev, le quotidien « Kyiv Post » veut renaître de ses cendres

La façade du journal indépendant ukrainien, à Kiev.

Sur le compte Twitter #savekyivpost, le lundi 15 novembre au matin, une trentaine de journalistes annoncent, dans un communiqué, la création prochaine de leur nouveau média : la nomination d’une nouvelle rédactrice en chef, Olga Rudenko ; et une campagne à venir de crowdfunding. Reste à trouver la bonne structure juridique et un nom. De quoi, a priori, rebondir après les événements récents, résumés dans le deuxième paragraphe du texte : « Il y a une semaine, le Kyiv Post tel que nous le connaissions a cessé d’exister. »

Ce journal indépendant ukrainien en langue anglaise a été suspendu le lundi 8 novembre, par son propriétaire, Adnan Kivan. Cet arrêt brutal fait suite à plusieurs mois de tensions autour d’un projet de création d’une version ukrainienne du Kyiv Post, gérée directement par des proches de l’oligarque. Une possible menace sur l’indépendance éditoriale du journal. Les 50 employés, dont environ la moitié de reporters et d’éditeurs, ont perdu leur emploi dans la foulée.

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« Ils ont toujours été critiques de l’autorité et des politiques publiques », récapitule Ioulia Shukan, maîtresse de conférences en études slaves à l’université Paris-Nanterre. Que ça soit à travers des enquêtes sur l’évasion fiscale, des longs reportages en Crimée ou les éditoriaux, « très présents », dans le journal.

Enquêtes anti-corruption

Très lu parmi les dirigeants d’entreprise, les institutions internationales et les expatriés, le Kyiv Post comptait environ 75 % de lecteurs étrangers. « On a été les traducteurs de l’Ukraine pour le reste du monde », raconte l’Américain Brian Bonner, 62 ans, rédacteur en chef du journal pendant quatorze ans. Cet ancien employé du St. Paul Pioneer Press, dans le Minnesota, aux Etats-Unis, a lui-même eu besoin d’être guidé en débarquant en Ukraine, « par hasard ». Un temps pigiste, entre le Laos, la Norvège et la Russie, puis expert dans des missions d’observation pour le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme, il est intrigué par l’ex-bloc soviétique. Puis « tombe amoureux » de l’Ukraine en 1996.

« Ce journal, c’était un business, mais c’était aussi une manière de documenter les suites du communisme. » Jed Sunden, fondateur du « Kyiv Post »

Le Kyiv Post – d’abord écrit « Kiev Post » – est créé un an plus tôt, le 18 octobre 1995. L’hebdomadaire accepte les clubs de striptease comme annonceurs publicitaires, et les premiers numéros proposent avant tout des conseils pratiques pour naviguer dans la jeune capitale. Des centaines de curieux viennent de l’étranger pour vivre la chute de l’Union soviétique, soit « le plus gros événement de l’époque », à en croire Jed Sunden, fondateur – américain – du journal, avec son groupe KP Media.

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via LeMonde

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