Pédopornographie : un texte européen suscite des inquiétudes

Un nouveau projet de texte bruxellois menace-t-il le caractère privé des messageries comme WhatsApp, iMessage, TikTok, Messenger ou Signal ? C’est ce que pensent des entreprises technologiques et des organisations non gouvernementales (ONG) de défense de la vie privée à propos du règlement pour la « protection de l’enfance sur Internet », proposé mercredi 11 mai par la Commission européenne. Le texte, centré sur la lutte contre la pédopornographie, instaurerait un « centre européen de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants » et imposerait aux grandes plates-formes en ligne de « mesurer les risques de distribution de pornographie infantile ou de sollicitation à caractère sexuel », de supprimer rapidement les contenus illégaux et de signaler tous les contenus pédopornographiques détectés.

Surtout, le texte prévoit une « obligation de détection ciblée », qui contraindrait les services à supprimer des contenus signalés par une autorité nationale. Pour ce faire, les entreprises devront « déployer des technologies aussi peu intrusives que possible, en conformité avec la loi et les technologies existantes, et devront limiter au maximum les taux de faux positifs ». Ces formulations sont très larges. Pour ses détracteurs, le texte crée une injonction contradictoire à surveiller les messages échangés tout en respectant la vie privée des utilisateurs.

« Ne pas affaiblir le chiffrement »

Le projet suscite déjà une levée de boucliers. Le patron de WhatsApp, la messagerie filiale de Meta, maison mère de Facebook et Instagram, a lancé une sévère mise en garde : « Il est incroyablement décevant de voir une proposition de règlement européen d’Internet qui ne protège pas le chiffrement de bout en bout », a jugé sur Twitter Will Cathcart, en référence à la technologie qui, sur WhatsApp ou Signal, encode les messages, afin que ceux-ci ne puissent être lus que par l’émetteur et le destinataire. Le texte ne fait aucune mention du chiffrement mais ne dit pas non plus comment l’obligation de « détection ciblée » s’appliquerait.

« Si l’Union européenne impose un système de détection dédié à un type de contenu en Europe, celui-ci sera ensuite utilisé dans le reste du monde pour affaiblir les droits de l’homme de nombreuses façons », prédit M. Cathcart. Ce dernier avait déjà pris position dans Le Monde, mi-2021, contre le projet d’article 10 de la loi relative au renseignement en France.

Pour Meta, qui traite une importante partie des signalements de contenus pédopornographiques en Europe, « il est important que les mesures ne nuisent pas au chiffrement de bout en bout qui protège la vie privée de milliards de personnes, y compris des enfants ». Le groupe dit se concentrer sur les outils « qui permettent d’empêcher les agressions de se produire en amont, en ne laissant pas, par exemple, les adultes envoyer des messages à des adolescents avec qui ils ne sont pas connectés, et en identifiant les comportements potentiellement dangereux ».

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via LeMonde

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