Pegasus : la Catalogne demande des comptes à Madrid sur le possible espionnage de certains de ses élus


Un document intitulé « Catalangate : la démocratie sous surveillance », lors d’une conférence de presse organisée au Parlement européen le 19 avril 2022 par l’ancien leader catalan indépendantiste en exil, Carles Puigdemont, et d’autres eurodéputés. Les indépendantistes catalans accusent l’Espagne de les avoir espionnés à l’aide du logiciel Pegasus, vendu aux Etats par le groupe israélien NSO.

Le scandale Pegasus a rebondi à Bruxelles, mardi 19 avril, à la suite des révélations indiquant que des députés européens et 65 personnes au total, notamment des indépendantistes catalans, auraient été ciblés par le logiciel espion de la société israélienne NSO. En 2021, le consortium de rédactions Forbidden Stories, dont Le Monde fait partie, avait révélé l’utilisation de ce logiciel par une dizaine de pays. Cette fois, un rapport de Citizen Lab, laboratoire pluridisciplinaire basé à l’université de Toronto, au Canada, cité par le magazine The New Yorker et le quotidien El Pais, affirme que des élus de Catalogne, le président de la Généralité et diverses personnalités liées au mouvement indépendantiste ont été espionnés après le piratage de leur téléphone portable, entre 2017 et 2020, et peut-être dès 2015.

Une fois installé dans un téléphone mobile, Pegasus permet d’espionner l’utilisateur en accédant à ses messages, ses photos, ses conversations et ses données. L’appareil peut aussi être activé à distance pour capter des sons ou des images.

Autorités espagnoles critiquées

John Scott-Railton, chercheur au Citizen Lab, et David Kaye, professeur de droit à l’université Columbia, intervenant à distance lors d’une conférence de presse tenue à Bruxelles, ont critiqué les autorités espagnoles qui auraient eu recours à des pratiques dénoncées récemment en Pologne, en Hongrie et en Grèce (où un journaliste d’investigation a été victime d’un autre logiciel espion, Predator).

Dans la ligne de mire des dirigeants catalans, le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez a nié toute implication. « L’Espagne est un pays démocratique et un Etat de droit dans lequel on n’espionne pas, on n’intercepte pas de conversations, on ne place pas sur écoute, si ce n’est dans le cadre de la loi », a commenté sa porte-parole, Isabel Rodriguez. Selon elle, l’exécutif « va collaborer autant que possible avec la justice pour enquêter sur ces faits », si les tribunaux le demandent.

Pere Aragonès, le président régional catalan, a réclamé des explications plus détaillées. Carles Puigdemont, l’un de ses prédécesseurs, qui avait fui en Belgique pour échapper à la justice après la tentative de sécession de la Catalogne en octobre 2017, a affirmé sur Twitter : « Nous avons été espionnés de façon massive et illégale grâce à un logiciel que seuls les Etats peuvent détenir. » L’eurodéputé n’aurait pas été surveillé, contrairement à son épouse. En juillet 2020, Roger Torrent, ancien président du Parlement régional, avait déjà affirmé qu’il avait été victime d’un piratage, ce qu’avait nié le gouvernement central.

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via LeMonde

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