« Pékin entend traduire aux Nations unies le glissement progressif du pouvoir d’Ouest en Est »

La Chine aime l’ONU, qui le lui rend bien. Les Nations unies sont l’un des relais de la puissance chinoise – en toute légitimité, mais pas seulement. En visioconférence, Xi Jinping a manié, la semaine dernière, devant l’Assemblée générale de l’organisation, la plus parfaite des langues de bois onusiennes : « Nous devons bâtir un nouveau type de relations internationales basé sur le respect mutuel, l’équité, la justice sociale et la coopération. » « Gagnant-gagnant », bien sûr, a ajouté le président chinois.

Derrière la bien-pensance de ce morceau de jargon diplomatique se cache une stratégie politique qui est celle d’une puissance décidée à imprimer sa marque sur les affaires du monde. L’idée serait de façonner un « ordre chinois » comme il y eut – il y a toujours ? – un « ordre américain » ; d’imposer une « pax sinica » pour prendre la suite de la « pax americana ». Pareil ajustement collerait au sens de l’histoire contemporaine, marqué par la perte de la centralité de l’Occident devant ce que l’orientaliste Gilles Kepel appelle « l’irrésistible sinisation du monde ».

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Ce glissement progressif du pouvoir d’Ouest en Est, Pékin entend le traduire aux Nations unies. Pourquoi ? Parce que l’ONU est universelle – la quasi-totalité des Etats en sont membres – et cette universalité fonde son importance : l’ONU représente la légitimité internationale. Elle en a le monopole. Elle fait partie de cet édifice institutionnel bâti par les Etats-Unis au lendemain de la seconde guerre mondiale : l’ONU et ses agences spécialisées, mais aussi le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

On a appelé cela « l’ordre libéral international », qui, trop souvent, ne fut ni « libéral » ni pacifique. Dans le sillage de la Chine appuyée par la Russie de Vladimir Poutine, nombre de pays jugent aujourd’hui que le « système des Nations unies », tel qu’il a été conçu, ne sert qu’à perpétuer l’hégémonie occidentale. « Un tel système ne représente plus la volonté de la communauté internationale », dit le ministère chinois des affaires étrangères. Il faut le réviser.

Conception intégriste de la souveraineté

La volonté de Pékin de peser sur l’ONU n’a rien d’illégitime. Elle fait partie du jeu d’une grande puissance, elle est le pendant de l’influence prépondérante longtemps exercée par les Américains aux Nations unies. La Chine veut toute sa place en ce lieu central de l’exercice du « multilatéralisme » – expression barbare qui signifie que la norme internationale doit être décidée dans ce cadre-là. Encore faut-il comprendre ce que signifie le « multilatéralisme » aux caractéristiques chinoises.

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via LeMonde

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