Pénurie d’essence, d’électricité, de médicaments, de papier… Le Liban au bord de la paralysie

File d’attente pour accéder à une pompe à essence, dans la ville côtière de Qalamun, le 1er juillet 2021.

Le trafic à Beyrouth n’a jamais été aussi fluide, mais ce n’est pas une bonne nouvelle. Le Liban fait face depuis deux mois à la plus sévère pénurie de carburant de son histoire. Les seules rues à être encore embouteillées sont celles qui mènent à une station d’essence ouverte. Les automobilistes doivent passer des heures, pare-chocs contre pare-chocs, en pleine fournaise estivale, pour remplir leur réservoir de quelques gouttes de sans-plomb.

« Je me suis levée à 5 h 30 dans l’espoir d’être parmi les premiers servis, raconte Salam Nasreddine, une professeure d’université. J’ai fait une heure et demie de queue et puis soudain, on nous a annoncé que les cuves étaient vides. Ce pays est une catastrophe ! »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le Liban en état de catastrophe humanitaire

La gigantesque panne d’essence à laquelle est confronté le Liban est l’une des multiples sous-crises générées par la faillite de l’Etat, qui a fait défaut sur sa dette souveraine en mars 2020, sur fond de cataclysme économique.

A court d’argent, les autorités sont obligées de tailler dans les dépenses et notamment de rationaliser le très dispendieux système de subvention aux importations de produits stratégiques, comme les produits pétroliers, mis en place quelques mois plus tôt.

Courant coupé la nuit

L’approvisionnement en fuel, qui fait tourner les centrales électriques et leur supplétif, les générateurs de quartier, est lui aussi rationné. A Beyrouth, le courant est coupé toute la nuit, plongeant la capitale dans une obscurité presque totale, ainsi que trois ou quatre heures dans l’après-midi. Même le papier commence à manquer dans les administrations publiques.

A cause de cela, le département des douanes de l’aéroport et le service des passeports de la Sécurité générale ont été obligés de suspendre leurs activités pendant plusieurs heures la semaine dernière. A l’Université libanaise, la seule publique du pays, le système D est désormais de mise. « Pour économiser le papier, on a rédigé les tests de fin d’année avec une police plus petite que d’habitude, sur deux colonnes au lieu d’une et en resserrant les espaces », confie Salam Nasreddine, qui enseigne la biologie dans cet établissement.

Avec un gouvernement démissionnaire depuis l’explosion du port de Beyrouth il y a onze mois et une classe politique incapable jusqu’à présent de former un cabinet de remplacement, le Liban approche de la paralysie.

« J’espère qu’on évitera ce scénario mais, pour l’instant, tous les indicateurs pointent en direction d’un début d’effondrement de l’Etat », soupire Assem Abi Ali, haut fonctionnaire au ministère des affaires sociales, où le personnel manque « de thé, de café, de papier, de cartouche d’encre et même de détergent pour laver les sols ».

Il vous reste 66.16% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

Total
0
Shares
Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Previous Post

Hip-hop au Maroc, drame au Tchad, magie en Egypte… Au Festival de Cannes, une Afrique éclectique

Next Post

Coulée de boue au Japon : 24 personnes encore introuvables

Related Posts