Pérou : Pedro Castillo, l’instituteur candidat des pauvres à l’élection présidentielle

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Publié aujourd’hui à 18h00

Ses apparitions publiques sont invariablement les mêmes : chemise blanche, chapeau de paille typique de sa région de Cajamarca (nord du Pérou) et crayon géant comme emblème, tel un poing levé. C’est ainsi que se présente le candidat de gauche et leader syndical enseignant, Pedro Castillo, 51 ans, qui vise la présidence de la République péruvienne le 6 juin prochain. Légèrement en tête des sondages, selon les dernières enquêtes d’opinion, il affronte Keiko Fujimori, chef de file de la droite « dure », qui dispute sa troisième élection.

De lui, on ne sait pas grand-chose, hormis les grandes lignes : ses origines paysannes et son métier d’instituteur de campagne, exercé depuis vingt-cinq ans. Il a aussi mené une grève enseignante pour une revalorisation salariale en 2017 qui l’a propulsé un temps sur le devant de la scène nationale. Mais cet « outsider » de la politique péruvienne reste une énigme, tant ses intentions sont longtemps restées floues et ses prises de parole limitées. Sollicité pour un entretien, le candidat n’a pas souhaité donner suite.

Cowboy des Andes

Dans son fief à Puña, un village perché à 2 500 mètres d’altitude au nord du Pérou, à un millier de kilomètres de la capitale, les quelques rares habitants ont fêté pendant deux jours son passage au second tour le 11 avril quand, quelques mois auparavant, il récoltait à peine 3 % des intentions de vote. « J’ai pleuré de joie », s’exclame Lelis Paredes, sa belle-sœur, agricultrice. « Il y a un immense espoir » de voir un pays « plus juste » dans lequel on « se soucie enfin des pauvres », confie un de ses amis d’enfance.

Lelis Paredes (52 ans), belle-sœur de Pedro Castillo, ouvre les portes de sa maison dans la communauté de Chugur, Cajamarca (Pérou), le 25 mai 2021.
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Ici, dans cette région de Cajamarca, une zone des Andes basses aux collines verdoyantes, on parle peu. Les terres agricoles sont de petite taille, principalement dévolues à la culture de la pomme de terre et du maïs. Peu d’engins mécaniques, l’agriculture se fait à l’ancienne : on laboure avec une charrue tirée par des taureaux.

La figure centrale du village, comme ceux des alentours, est celle du « rondero », le pilier des organisations rurales d’autodéfense, dont le rôle est de « faire régner l’ordre », explique Oscar Alcalde, l’un d’entre eux. Une sorte de cowboys des Andes, dont Castillo a fait partie et tire une grande fierté. C’est d’ailleurs à cheval qu’il s’était rendu à son bureau de vote lors du premier tour, suscitant la curiosité des médias.

Sur ces terres balayées par les vents et le soleil, les journalistes ne sont pas vraiment les bienvenus. Depuis ce premier tour, la presse nationale n’a eu de cesse de tirer à boulet rouge sur l’enfant du pays, taxé d’être un dangereux terroriste ou un ardent communiste.

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via LeMonde

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