Peter Nygard, le magnat de la mode canadien accusé de crimes sexuels

Peter Nygard, à Los Angeles, en 2016.

Le temps d’une soirée, Winnipeg, ville industrieuse du cœur du Canada, s’est rêvée, par la grâce de son enfant prodige, comme une capitale mondiale de la mode. Ce soir-là, le 16 mars 2018, sur la scène du Centre des congrès, défilent des lignes de prêt-à-porter aux couleurs un peu criardes signées « Nygard ». Entouré de 600 invités, Peter Nygard, 77 ans, célèbre les 50 ans de sa société, Nygard International, dont il a fait un empire canadien de la mode. A ses côtés se presse tout le gratin politique et showbiz du Manitoba. Pour l’occasion, d’immenses photos de Peter Nygard, bras croisés sur pectoraux bronzés, ornent les rues de Winnipeg.

Le 1er octobre 2021, changement de décor : Peter Nygard est seul dans le box des accusés du tribunal de la capitale du Manitoba. Il fait face à une demande d’extradition de la justice des Etats-Unis. Neuf chefs d’accusation, dont « trafic sexuel et racket », sont retenus contre lui. Arrêté le 14 décembre 2020 à Winnipeg, il est depuis détenu dans un centre correctionnel de la province. Le Canada découvre avec effroi qu’il a choyé et adulé un homme qui pourrait rejoindre le palmarès des pires prédateurs sexuels de l’histoire aux côtés d’Harvey Weinstein et de Jeffrey Epstein.

Héros canadien

L’histoire du petit Peter, 11 ans, en 1952, quand sa famille débarque de Finlande, avait pourtant tout du « rêve nord-américain » : un fils d’immigrés qui a passé son premier hiver canadien dans un hangar à charbon désaffecté, devenu en quelques années membre du gotha des hommes les plus riches du pays, avec une fortune estimée à 900 millions de dollars.

C’est à Winnipeg que le rejeton pose les premiers jalons de sa réussite : une modeste entreprise locale de vêtements pour femmes rachetée en 1968. Très vite, la marque se développe, à New York, à Los Angeles, en Floride. Au faîte de sa gloire, l’empire Nygard vend 500 millions de vêtements par an et emploie 30 000 personnes dans le monde.

L’homme ne cache ni sa réussite ni son orgueil : toujours une noria de top-modèles aux bras, il se pavane dans les rues de Winnipeg en Rolls décapotable immatriculée « Nygard », voyage dans un jet privé siglé à son nom, surnommé « N-Force », achète un somptueux domaine sur l’île des Bahamas, immédiatement baptisé « Nygard Cay ». Le Canada honore le self-made-man : le gouvernement le gratifie de la médaille du jubilé de la reine Elizabeth II.

Un système de prédation à échelle industrielle

Il faudra attendre le souffle de #metoo pour que le roi de la mode canadien tombe. Le 25 février 2020, le FBI opère une perquisition dans les sièges sociaux de Nygard International de New York et Los Angeles. Le soir même, Peter Nygard quitte la présidence de son groupe, mais réfute « toutes les allégations » énoncées contre lui. La spectaculaire descente policière a été déclenchée par la plainte pour viol déposée quelques jours auparavant par dix femmes.

Il vous reste 47.85% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess