Petite histoire de la « liberté de culte » à Jérusalem

Israël prétend défendre la « liberté de culte » à Jérusalem, alors même que sa police y a blessé, au cours des dernières semaines, des centaines de personnes sur l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam. De telles violences, qui ont culminé durant le mois de ramadan, se poursuivent depuis, signe que la tension est loin de retomber. Il est dès lors éclairant de revenir sur près de deux siècles d’histoire de la « liberté de culte » dans la Ville sainte, qui s’ouvrent avec l’occupation égyptienne de la Syrie et de la Palestine, soustraites de 1831 à 1840 à l’autorité de Constantinople.

Le Caire décide alors de briser le tabou ottoman sur l’ouverture de consulats européens à Jérusalem, une brèche dans laquelle s’engouffre la Grande-Bretagne, suivie de la Prusse et de la France, celle-ci soutenant les ordres catholiques face à des institutions orthodoxes parfois tentées par la « protection » tsariste. Cette rivalité par Eglise interposée amène le sultan ottoman à définir en 1852 les relations entre les différents cultes, un statu quo inscrit en 1856 dans le traité de Paris, après la guerre de Crimée, où la France et la Grande-Bretagne soutiennent l’Empire ottoman contre la Russie.

Un statu quo écrit, mais contesté

Le terme même de « statu quo » signifie bien qu’il s’agit de geler les positions et privilèges des différentes parties, afin d’éviter que des contentieux récurrents ne débouchent sur des crises ouvertes, avant tout entre les « protecteurs » des Eglises concernées. Le culte juif est librement garanti dans les synagogues historiques de la Vieille Ville, alors que se développe extra-muros une cité moderne, avec 40 000 juifs pour 30 000 Arabes en 1914 sur l’ensemble de Jérusalem. Mais les dirigeants ottomans interdisent l’accès de l’esplanade des Mosquées aux fidèles juifs qui y voient le « mont du Temple », de même que les installations fixes sont proscrites devant le mur occidental de cette esplanade, mur dit « des Lamentations », pourtant lieu fondamental de la piété juive. Ces dispositions sont reprises après la conquête britannique de Jérusalem, en 1917, au nom du statu quo, d’où le rejet de la proposition sioniste d’acquisition du mur occidental et d’une partie du quartier dit « des Maghrébins », qui le jouxte et en limite l’accès. Des émeutes éclatent dès 1920 autour de ce périmètre sacré, les troubles les plus graves s’étendant en 1929 au reste de la Palestine.

La fin du mandat britannique conduit, en 1948, à la proclamation de l’Etat d’Israël et à la première guerre avec ses voisins arabes. Les combats pour Jérusalem sont féroces et se concluent par la division de la Ville sainte entre un secteur occidental, incorporé à Israël, et un secteur oriental, incluant la Vieille Ville et ses lieux saints, occupé, puis annexé par la Jordanie. L’état de guerre perdure entre les deux pays, malgré le cessez-le-feu, avec pillage et incendie des synagogues de Jérusalem-Est, d’où la population juive a disparu.

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via LeMonde

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