Pétrole : les Etats-Unis puisent dans leurs réserves stratégiques pour tenter de faire baisser les prix

C’est une décision rare. Les Etats-Unis vont utiliser 50 millions de barils de pétrole prélevés sur leurs réserves stratégiques pour essayer de faire baisser les prix de l’essence, en forte augmentation, a annoncé la Maison Blanche, dans un communiqué, mardi 23 novembre

Puiser dans les réserves est une « initiative majeure » qui va « faire la différence », a assuré le président Joe Biden, mardi soir. La Maison Blanche espère ainsi apaiser la tension sur les prix de l’essence, alors que le prix du gallon (3,78 litres) a grimpé de 60 % en un an aux Etats-Unis, pour atteindre 3,41 dollars (3 euros), selon l’Association automobile AAA.

Le cours du baril, qui était tombé sous les 20 dollars au plus fort de l’épidémie, n’a, depuis, cessé de grimper jusqu’à retrouver le niveau de ses pics de fin 2018. Paradoxalement, les cours du brut sont repartis en forte hausse mardi, après l’annonce de cette initiative.

En concertation avec d’autres Etats

Cette opération se fait en concertation avec d’autres Etats gros consommateurs d’or noir, en particulier la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud ou encore le Royaume-Uni, selon un communiqué. En augmentant l’offre, les Etats-Unis et les autres Etats espèrent faire mécaniquement baisser les cours.

Elle survient au moment où les prix à la pompe ont fortement augmenté aux Etats-Unis, très gros consommateurs d’essence, et pose un problème politique majeur pour le président, Joe Biden, surtout à la veille de la fête de Thanksgiving, pendant laquelle les Américains prennent la route pour rejoindre leurs familles.

En augmentant l’offre, les Etats-Unis et les autres Etats espèrent faire mécaniquement baisser les cours, tout en faisant la pression sur les pays producteurs. Le brut a flambé sur fond de redémarrage de l’économie et des voyages après la levée des restrictions liées à la pandémie de Covid-19.

L’impact d’une telle opération est aussi, et peut-être surtout, psychologique : les prix de l’or noir avaient d’ailleurs déjà amorcé une baisse au cours des derniers jours, alors que les spéculations se multipliaient sur une telle action coordonnée. A tel point que mardi, le marché a à peine réagi : vers 14 heures à Paris, les cours présentaient un léger repli de 0,39 % par rapport à leur clôture de la veille pour le baril de West Texas Intermediate (WTI), variété américaine standard. En trois mois environ, entre le 19 août et le 22 novembre, le WTI a augmenté de 20,5 %.

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Par le passé, Washington a autorisé à trois reprises la mise en urgence sur le marché de pétrole provenant de la réserve stratégique – la dernière en date remonte à 2011, lorsque a éclaté le « printemps arabe » en Libye, pays membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).

Exhorter l’OPEP à augmenter la production

La Maison Blanche a exhorté à plusieurs reprises l’OPEP à accélérer la hausse de sa production. Le cartel, allié à la Russie et neuf autres pays producteurs dans le cadre d’un accord de limitation volontaire de sa production d’or noir, laisse toujours sous terre plus de 4 millions de barils chaque jour.

Toutefois, alors qu’une réunion de l’OPEP est prévue le 2 décembre, les Etats-Unis n’ont pas réussi à convaincre l’organisation et ses alliés. Ces derniers mettent en avant l’absence de pénurie de pétrole et ont confirmé qu’ils relèveraient leur production de 400 000 barils par jour, pas plus. Le recours aux réserves stratégiques pourrait cependant provoquer une réaction des membres de l’OPEP +, qui pourraient ralentir en conséquence la hausse graduelle de leur production, selon certains analystes.

Le président américain a aussi dans son viseur les grandes entreprises du secteur, accusées de ne répercuter à la pompe que les hausses de prix, tout en engrangeant des profits pharaoniques. La Maison Blanche a demandé il y a quelques jours à l’Autorité américaine de la concurrence de se pencher « immédiatement » sur le comportement « éventuellement illégal » des compagnies pétrolières, et n’exclut pas des actions en justice.

Procédure rare

Dans le détail, les Etats-Unis vont utiliser leurs réserves de pétrole de deux façons. Ils vont mettre sur le marché 32 millions de barils grâce à un système d’« échange » : ce pétrole sera rendu au gouvernement fédéral et reversé dans les réserves stratégiques au cours des années à venir. Dix-huit millions de barils seront, eux, vendus purement et simplement, sur une durée de plusieurs mois.

Les Etats-Unis stockent leurs réserves stratégiques de pétrole sur quatre sites souterrains en Louisiane et au Texas, qui contiennent 714 millions de barils, selon un pointage de la fin d’août du ministère de l’énergie.

Il est relativement rare qu’ils y puisent de grandes quantités, sauf en cas d’urgence. Cela peut être le cas quand des ouragans touchent le golfe du Mexique, région cruciale pour la production et le stockage de pétrole, ou en réponse à des crises internationales. Cela avait par exemple été le cas en 2011, pour faire face à l’interruption de la production de pétrole en Libye, en proie à la guerre civile.

Le Monde avec AFP et Reuters

via LeMonde

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