Pierre-André de Chalendar et Louis Gallois : « Il faut anticiper et accompagner le prix croissant du carbone »

Aujourd’hui plus que jamais, nous vendons et nous consommons des biens et des services dont la production et le commerce génèrent d’importantes émissions de CO2, qu’il y a urgence à réduire. Or, n’en déplaise aux idéologues, ce problème n’admet aucune solution simple.

Primo, la mise à disposition de toute l’Europe d’un mix énergétique décarboné n’est encore qu’un rêve lointain. Secundo, parvenir à produire et à nous déplacer sans dégrader le climat réclamera des investissements très lourds et des approvisionnements en matériaux critiques et en matières premières, pour lesquels nous voyons déjà apparaître de nouvelles dépendances.

Enfin, ces investissements seront inévitablement répercutés – au moins en partie – sur les ménages, pour lesquels toute augmentation de prix est difficilement acceptée et se traduit par une baisse de la demande.

Un actif précieux, aux vertus multiples

Si l’augmentation progressive du prix du carbone semble être une solution efficace, là encore il s’agit d’être prudent. Ainsi que nous venons de le montrer dans une étude tout juste parue, une augmentation du tarif des émissions de CO2 jusqu’à 250 euros la tonne – ordre de grandeur considéré comme tout juste suffisant par les spécialistes du climat – sera à la fois de nature à peser lourdement sur les ménages (entre 20 et 25 milliards par an simplement pour la consommation de biens et de services, hors fiscalité spécifique), mais aussi à plonger dans de lourdes difficultés des filières entières telles que le transport aérien et l’aéronautique, la sidérurgie, les matériaux de base, etc. (étude « La tarification du carbone et ses répercussions. Exposition sectorielle au surcoût carbone », Olivier Sautel, Caroline Mini, Hugo Bailly et Rokhaya Dieye, La Fabrique de l’industrie et Deloitte, Presse des Mines, 2022).

Une erreur courante consiste à penser que la France et ses partenaires européens se sont couverts contre ce risque depuis qu’ils se sont dotés, à raison, d’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. La Fabrique de l’industrie l’a bien montré : ce mécanisme, encore très partiel et qu’il faudra parvenir à étendre en dépit de sa technicité, protège du dumping environnemental extra-européen, mais pas des baisses de la demande domestique induites par un prix croissant du carbone, qu’il faut donc anticiper et accompagner.

Dans ce contexte, il est urgent pour la France de réfléchir à ses dépendances, énergétiques pour commencer. En dépit des questions qu’il soulève, il apparaît évident que son parc électronucléaire est un actif précieux, aux vertus multiples : électricité compétitive et peu carbonée, autonomie énergétique, etc. La crise ukrainienne montre de manière particulièrement claire la nécessité de réduire les dépendances énergétiques.

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via LeMonde

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