Pierre Lellouche : « Ce qui était, au départ, un conflit local limité à l’Ukraine est devenu une guerre par procuration, non déclarée, entre l’OTAN et la Russie »

Depuis le début des années 2000 et la « révolution orange », en 2004, la Russie livre en Ukraine une bataille, restée longtemps sourde, et depuis huit ans, ouvertement militaire, pour le maintien de ce pays dans sa sphère. Acmé de cette longue épreuve de force : l’ultimatum diplomatique lancé par Poutine, mi-décembre 2021, visait à obtenir la garantie explicite de la non-adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, et donc d’un statut de neutralité en forme de « finlandisation » pour ce pays. Cet objectif étant assorti d’une autre exigence : le retrait d’un certain nombre de systèmes d’armement de l’OTAN déployés aux frontières de la Russie. Devant le rejet de l’ultimatum par Washington, l’invasion de l’Ukraine commença le 24 février.

Après quatre mois de guerre, quelle est la situation ? Un observateur occidental, optimiste invétéré, comme il s’en trouve beaucoup ces jours-ci à Washington, à Londres mais aussi à Paris, conclurait que Poutine a déjà échoué sur toute la ligne. L’invasion poutinienne a d’abord consolidé une véritable nation ukrainienne, définitivement coupée de ses racines et de sa longue histoire russes.

M. Poutine, qui voulait à tout prix éviter un rapprochement de l’Ukraine avec l’OTAN, a lui-même construit un véritable pont terrestre de livraisons d’armes occidentales vers l’Ukraine, à des niveaux sans précédent : le prêt-bail américain est d’ores et déjà autour de 20 milliards de dollars d’armements (19 milliards d’euros), sans compter 20 autres milliards d’aide économique et civile.

Les renforts américains à l’OTAN, oubliés depuis la fin de la guerre froide, sont à nouveau de retour, visibles partout en Europe centrale et orientale, accompagnés par le renforcement de la présence militaire d’autres alliés, comme la France. La Suède et la Finlande sont en train de rejoindre l’OTAN, rompant avec une très longue histoire de neutralité. En somme, une alliance, qui était en état de « mort cérébrale » il y a deux ans, s’est trouvée ressoudée grâce à M. Poutine, à qui les Américains doivent également de voir leur leadership politique et militaire sur l’Europe miraculeusement ressuscité.

Pour faire bonne mesure, le même M. Poutine, qui s’était vigoureusement opposé au rapprochement de l’Ukraine avec l’Union européenne (UE) en 2014 – ce qui a entraîné la révolution de Maïdan et tous les événements qui ont suivi, y compris l’annexion de la Crimée –, doit aujourd’hui observer, impuissant, l’admission de l’Ukraine au statut de candidat à l’UE. En outre, la Russie fait désormais face à un boycott économique quasi total de la part du monde occidental, ce qui, à terme, va lui poser des problèmes considérables de maintenance et de modernisation de son industrie.

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via LeMonde

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