Pierre Micheletti : « En Afghanistan, les humanitaires seront dans le collimateur des talibans »

Tribune. L’Afghanistan aborde un nouveau tournant de son histoire avec la prise de Kaboul par les talibans, au terme d’une campagne militaire éclair qui n’a rencontré que peu de résistance.

Si la guerre du Biafra (1967-1970) aura été le berceau du sans-frontiérisme, avec la création du Groupe d’intervention médico-chirurgical d’urgence (Gimcu) qui deviendra Médecins sans frontières (MSF), l’Afghanistan en sera, à partir de l’occupation russe en 1979, la véritable pépinière avec le déploiement d’autres ONG internationales dont Action contre la faim, Handicap international, Médecins du monde, Solidarités international… Ces organisations interviendront largement auprès des populations dont une partie vit sur les territoires contrôlés par les mouvements rebelles, en résistance face au pouvoir en place et aux troupes de son puissant voisin soviétique.

L’argent coule alors à flots au profit de la rébellion, pour ce qui aura à l’époque constitué la plus grosse opération de la CIA, laquelle entend mettre en œuvre la directive du président américain Ronald Reagan : « L’Afghanistan doit être le tombeau de l’Armée rouge. »

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Les moudjahidine, combattants de la résistance, bénéficient de cette manne financière, de même que les ONG qui interviennent alors auprès de populations meurtries par d’intenses combats. Pour grossir les rangs des combattants contre le régime communiste de Najibullah [1987-1992] et son allié, la religion et la valorisation des identités tribales sont de puissants instruments de mobilisation des différents groupes rebelles.

Il faudra dix ans pour que la formule du président Reagan devienne réalité, et que l’Armée rouge avec toute son armada repasse la frontière en abandonnant des milliers de véhicules dans les campagnes afghanes. Ils y resteront longtemps visibles, comme pour mieux rappeler que les guerriers afghans, depuis l’Empire britannique déjà, restent invaincus par les troupes étrangères.

Un goût de déjà-vu

Nous voici donc quarante ans après l’entrée de l’Armée rouge dans ce pays que le politiste et spécialiste de l’islam Olivier Roy qualifie comme celui de « l’éternité en guerre ». Après la chute du régime communiste, les Etats qui soutenaient la rébellion se désintéressent du pays. La créature s’est pourtant retournée contre son concepteur. La religion recrute alors contre le « grand Satan » américain.

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L’Afghanistan sort des écrans radars, mais le radicalisme religieux va continuer de prospérer, jusqu’à favoriser l’accueil d’Oussama Ben Laden et des commanditaires des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, et, dans leur sillage, l’entrée de la coalition internationale dans le pays.

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via LeMonde

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