Plan Biden : « Ce que le président américain a vraiment réussi, c’est de s’emparer d’un mouvement économique déjà engagé »

Tribune. Depuis le 20 janvier et l’investiture du président Joe Biden, la valse des chiffres de la relance budgétaire américaine donne le tournis. Des 1 900 milliards de dollars de l’« American Rescue Plan », voté en mars, aux annonces préliminaires, le 28 mai, d’un plan décennal de 4 400 milliards de dépenses supplémentaires, le gigantisme du soutien apporté à l’économie américaine écrase les 750 milliards d’euros d’un plan de relance européen, dont le caractère historique se trouve finalement relativisé. Il n’en fallait pas davantage pour voir le débat public européen importer l’idée d’un Joe Biden mettant fin au néolibéralisme au nom du retour de l’Etat dans la lutte contre les inégalités et le réchauffement climatique.

Lire la chronique d’Alain Frachon : « On croyait avoir Papy Biden, on a le Popeye de la relance budgétaire »

Pourtant, malgré l’importance des dépenses publiques engagées et l’évidente impulsion donnée à l’activité économique, l’essentiel de la transformation en cours aux Etats-Unis se situe ailleurs. Après quatre décennies d’un cycle désinflationniste débuté en 1979 par Paul Volcker – alors président de la Réserve fédérale –, c’est d’abord la politique monétaire américaine qui a connu une transformation aux conséquences radicales… le 27 août 2020, un peu plus de deux mois avant l’élection du candidat démocrate.

Alors que la maîtrise de l’inflation a constitué la priorité de la politique monétaire américaine au cours de ces quarante dernières années, c’est un objectif d’emploi maximal qui sera désormais poursuivi, avec une détermination inédite depuis les « trente glorieuses ». Cette révision constitue une modification structurelle de la politique économique américaine, alors que les plans de relance budgétaire, eux, sont de nature conjoncturelle et dépendent des aléas politiques du moment.

Régime de « haute pression »

D’ores et déjà, les prévisionnistes tiennent compte de ce nouveau paradigme. Selon les dernières projections réalisées par la banque Goldman Sachs, le niveau de chômage américain pourrait atteindre le niveau de 3,2 % de la population active dès la fin de l’année 2023, soit un plus bas depuis 1953.

Un tel résultat ne pouvait être atteint avec l’ancienne approche monétaire de la Réserve fédérale. En décembre 2015, confrontée à un taux de chômage qui se rapprochait du seuil de 5 %, la Fed avait jugé que le risque de voir surgir l’inflation justifiait un resserrement de sa politique, provoquant ainsi un ralentissement de l’activité jusqu’en 2018. C’est, entre autres, au vu de cette erreur que la Réserve fédérale a décidé de changer son approche.

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via LeMonde

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