Présidentielle 2022 : Volodymyr Zelensky souhaite que Marine Le Pen comprenne « qu’elle s’est trompée » sur la Russie et Vladimir Poutine


Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, le 18 avril 2022, s’exprimant depuis Kiev.

A quelques heures du débat d’entre-deux-tours entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, la guerre en Ukraine fait de nouveau irruption dans l’élection présidentielle, mercredi 20 avril. Dans un entretien à BFM-TV, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a invité la candidate du Rassemblement national (RN) à revoir sa position sur la Russie et Vladimir Poutine.

« Si madame la candidate comprend qu’elle s’est trompée, (…) notre relation pourrait changer », a-t-il déclaré depuis Kiev. « Je veux dire que bien évidemment j’ai des relations avec Emmanuel Macron et je ne voudrais pas les perdre », a poursuivi M. Zelensky. Mais, a ajouté le chef de l’Etat ukrainien, « je ne suis pas persuadé que j’ai le droit, aujourd’hui, d’influencer ce qui se passe chez vous ».

Mme Le Pen avait été interdite de séjour en Ukraine en janvier 2017 pour avoir défendu l’annexion de la région ukrainienne de Crimée par la Russie en 2014, jugée illégale par la communauté internationale. La candidate RN a condamné l’invasion de l’Ukraine par Moscou, mais elle a de nouveau plaidé, la semaine dernière, pour un « rapprochement stratégique entre l’OTAN et la Russie » une fois la guerre terminée, au cours d’une conférence de presse sur sa politique étrangère. « C’est l’intérêt de la France et de l’Europe, mais aussi je crois des Etats-Unis, qui n’ont (…) aucun intérêt à voir émerger une étroite union sino-russe », a estimé la candidate d’extrême droite à la présidentielle, à rebours de l’actuelle position française.

Sur la Russie, « le procès qui m’est fait est particulièrement injuste (…), je n’ai défendu que l’intérêt de la France », s’était-elle défendue, en revendiquant des « similitudes » avec Emmanuel Macron, quand il recevait le président russe en France. Fin mars, la candidate du RN avait toutefois refusé de qualifier Vladimir Poutine de « criminel de guerre », car « on ne négocie pas la paix en insultant une des deux parties ». Favorable à la transmission de « renseignements » aux Ukrainiens, elle est aussi « plus réservée sur la livraison d’armes directe », car « la ligne entre l’aide et la cobelligérance est mince », avait-elle estimé. La candidate du RN s’est également prononcée à plusieurs reprises en défaveur des sanctions économiques contre Moscou – notamment un embargo du pétrole et du gaz russes – au nom de la protection du pouvoir d’achat des Français

« Corruption »

Quelques minutes après la diffusion de l’entretien de M. Zelensky, c’était autour de l’opposant russe Alexeï Navalny de prendre position en faveur d’Emmanuel Macron, depuis la prison où il se trouve. « C’est sans hésitation aucune que j’appelle les Français à voter pour Emmanuel Macron le 24 avril », a écrit le militant dans une série de tweets. Emprisonné en Russie depuis janvier 2021, M. Navalny s’est notamment dit « choqué » du prêt de 9 millions d’euros contracté en 2014 par l’ancien parti Front national (devenu Rassemblement national) auprès d’une banque russe.

L’opposant russe Alexeï Navalny, le 20 février 2021, au cours de son procès à Moscou.

« C’est de la corruption. Et c’est une vente d’influence politique à Poutine », a dénoncé l’opposant. Le RN continue de rembourser cet emprunt qui avait initialement été souscrit en 2014 auprès d’une banque russe, la First Czech Russian Bank (FCBR), fermée en 2016. La créance avait été cédée à une entreprise russe de location de voitures, Conti, puis revendue à Aviazapchast, firme dirigée par d’anciens militaires russes.

« Cette banque [FCBR] est une agence de blanchiment d’argent bien connue qui a été créée à l’instigation de Poutine. Ça vous plairait si un homme politique français obtenait un prêt auprès de la Cosa Nostra ? », a lancé mercredi M. Navalny, qui a bâti sa notoriété avec ses enquêtes sur les réseaux de corruption de l’élite russe. Pour justifier le fait de s’être tourné vers un établissement financier russe, le FN accuse, lui, les banques françaises de ne pas lui avoir accordé de prêts.

Considéré comme le principal opposant de Vladimir Poutine, Alexeï Navalny a fait l’objet, en Russie, en 2020, d’une grave tentative d’empoisonnement dont il tient le Kremlin pour responsable. Ce dernier dément mais n’a jamais ouvert d’enquête.

Mme Le Pen, qui avait été reçue par Vladimir Poutine lors de la campagne présidentielle de 2017, est régulièrement accusée par ses adversaires d’accointances avec le pouvoir russe. Sa conférence de presse de la semaine dernière avait d’ailleurs été brièvement interrompue par un collectif lui reprochant sa « complaisance » avec le dirigeant russe. Une jeune femme dans l’assistance avait brandi une pancarte en forme de cœur sur laquelle était affichée une photo de la candidate du Rassemblement national et de Vladimir Poutine. Elle avait été immédiatement expulsée par le service de sécurité du Rassemblement national.

Le Monde avec AFP

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess